La tentative de soft fork BIP-110 s’est éteinte en huit heures. La chaîne dissidente a produit deux blocs puis s’est figée au bloc 961 633, pendant que le réseau principal en enchaînait 48 sur le même intervalle. Le signalement des mineurs a plafonné à 2,53 %, très loin des 55 % exigés pour une activation sans scission. Bitcoin s’échangeait à 65 220,98 $ lundi matin, sans réaction notable.
Pour résumer
- Le signalement des mineurs a plafonné à 2,53 %, contre 55 % requis pour activer sans scission.
- La chaîne dissidente s’est arrêtée au bloc 961 633 après deux blocs, le réseau principal en a produit 48.
- Il lui faudrait environ 350 jours pour recalculer sa difficulté, contre 14 jours à Bitcoin.
Deux blocs en huit heures, puis plus rien
La séparation s’est produite au bloc 961 632. AntPool a miné le premier bloc qui ne signalait pas la proposition, Ocean a répliqué avec une version alternative respectant BIP-110, et les deux historiques ont divergé à partir de là. Huit heures plus tard, la branche dissidente en était toujours à son deuxième bloc.
La proposition visait à interdire pendant un an le stockage de données non financières dans les transactions Bitcoin, images et textes compris. Ses partisans y voyaient un moyen de désengorger le réseau. Ses opposants défendaient l’idée que celui qui paie pour de l’espace dans un bloc décide de ce qu’il en fait. Le débat dure depuis des mois et il touchait déjà une profession fragilisée, celle des mineurs qui ont passé cinq mois sous leur coût de production.
Le mécanisme d’activation demandait 55 % de signalement des mineurs. Le compteur n’a jamais dépassé 2,53 %. Un écart de cette ampleur ne se rattrape pas dans les dernières heures d’une fenêtre, et les opérateurs de pools ont assez d’expérience des activations passées pour savoir lire ce chiffre. La bataille était perdue avant même la scission.
La fenêtre de signalement obligatoire, qui exige que chaque bloc marque son soutien, court jusqu’au bloc 963 647. Au rythme actuel de production de la branche minoritaire, ce seuil ne sera jamais atteint. La mécanique prévue pour forcer l’adoption s’est retournée contre ceux qui l’avaient conçue.
La difficulté héritée étrangle la chaîne dissidente
Le vrai piège tient à la difficulté de minage. En se séparant, la branche BIP-110 a emporté avec elle le réglage de difficulté de Bitcoin, calibré pour l’intégralité de la puissance de calcul du réseau, alors qu’elle n’en contrôle qu’une fraction infime. Chaque bloc devient donc presque impossible à trouver. C’est le même calcul économique brutal que celui qui pousse une partie des mineurs à basculer vers l’IA quand leur marge s’écrase.
Un réseau ne peut recalculer sa difficulté qu’après 2 016 blocs. À la vitesse observée sur la branche dissidente, il faudrait environ 350 jours pour y arriver. Bitcoin met quatorze jours. L’écart entre ces deux chiffres résume tout : la chaîne minoritaire est techniquement vivante mais économiquement morte.
S’ajoute un risque que les détenteurs ont tendance à sous-estimer. Les deux chaînes acceptent les mêmes transactions, ce qui ouvre la porte au rejeu : une opération diffusée d’un côté peut être rejouée de l’autre. Ceux qui voudraient vendre des pièces issues de la branche minoritaire s’exposent à voir partir leurs bitcoins du réseau principal, un scénario détaillé quand un fork peut vider un portefeuille.
Dans les prochains jours, l’exposition réelle reste faible pour l’investisseur ordinaire. Aucune plateforme d’envergure n’a préparé de listing pour ces pièces, contrairement au scénario de 2017 où la scission était arrivée avec un soutien minier massif et des cotations le jour même. Sans marché en face, la branche n’a rien à offrir à ceux qui la détiennent.
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Le camp Knots vise maintenant l’algorithme de minage
Les développeurs de Bitcoin Knots ne considèrent pas le dossier clos. Ils envisagent désormais de modifier l’algorithme de preuve de travail en septembre, pour contourner l’obstruction des mineurs qui a fait échouer la proposition. L’idée revient à retirer le pouvoir de décision au matériel spécialisé qui domine le réseau aujourd’hui.
Une bascule de cet ordre est d’une tout autre nature qu’un soft fork sur le contenu des transactions. Elle rendrait obsolète l’intégralité du parc de machines existant et déplacerait la valeur des installations industrielles vers ceux qui adopteraient le nouveau format. Autant dire que les mêmes acteurs qui ont refusé 55 % de signalement défendront leur investissement avec la même énergie.
Le marché, lui, n’a pas bougé. Bitcoin cotait 65 220,98 $ lundi matin, en hausse de 0,67 % sur vingt-quatre heures et de près de 3 % sur la semaine. Une gouvernance qui se déchire en public sans provoquer le moindre décrochage du prix en dit long sur ce que le marché considère comme un risque réel.
Sur trois à six mois, l’enjeu se déplace vers la gouvernance elle-même. La question du stockage de données arbitraires dans les blocs reste entière, et l’échec du BIP-110 montre qu’aucune minorité de développeurs ne peut imposer une règle sans les mineurs. La prochaine tentative devra passer par eux ou chercher à les rendre inutiles, et c’est exactement le chemin que le camp Knots commence à emprunter.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


