Les équipes de Block affirment avoir remonté jusqu’à l’auteur de la première vague du hack de Coldcard, celle qui a fait disparaître 1 082,65 BTC. L’opérateur aurait interrogé les adresses visées depuis un compte payant ouvert chez un fournisseur de données blockchain, avant de les vider. Les journaux internes de ce prestataire collent au déroulé du vol avec une précision inhabituelle. Les bitcoins de cette première vague n’ont toujours pas bougé.
Pour résumer
- La première vague a emporté 1 082,65 BTC, environ 70 M$ au moment des faits.
- Un compte payant chez un fournisseur de données a laissé des journaux de requêtes exploitables.
- Le butin de cette vague dort sur trois adresses surveillées, ce qui laisse une chance de récupération judiciaire.
Un compte payant a laissé la trace de la préparation
Clay Garrett dirige l’ingénierie du portefeuille Bitkey chez Block, la société cotée fondée par Jack Dorsey. Il a détaillé le mode opératoire dans le fil qu’il a publié sur son compte au lendemain des premiers balayages d’adresses. L’opérateur avait ouvert un compte payant chez un fournisseur de données blockchain très répandu, et s’en servait pour interroger les adresses source avant de les vider.
Block a contacté le prestataire directement. Les journaux internes récupérés correspondent au scénario suspecté jusqu’au nombre, à la chronologie et à la séquence des requêtes. Le prestataire, lui, ne fournissait qu’un service standard, et rien dans les requêtes reçues ne laissait deviner leur finalité.
Ce détail change la nature du dossier. Le vol lui-même n’avait laissé aucune empreinte exploitable, puisque les 70 M$ partis en 41 minutes le 30 juillet n’ont jamais nécessité de toucher physiquement un seul appareil. La faute vient donc de la préparation, pas de l’exécution.
Block précise avoir transmis les éléments aux autorités compétentes. À ce stade, aucune identité n’a été rendue publique, aucune inculpation n’a été annoncée, aucune saisie n’a été confirmée. La prudence reste donc de mise sur ce que veut dire exactement le mot identification dans ce dossier.
Reste que la découverte déplace le curseur. Depuis trois semaines, le hack de Coldcard était traité comme un problème de cryptographie pure, avec un attaquant méthodique et invisible. Le voilà redevenu une enquête classique, avec un client identifiable, une facture payée et un historique de connexions conservé par un tiers.
Les 1 082 bitcoins dorment sur trois adresses surveillées
Le butin de la première vague représente 1 082,65 BTC, soit près de 70 M$ à la date du vol. Ces fonds sont regroupés sur trois adresses qui n’ont enregistré aucun mouvement depuis. C’est précisément cette immobilité qui rend le dossier intéressant pour les enquêteurs.
La deuxième vague n’a emporté que 76 BTC, et l’ensemble des vagues dépasse aujourd’hui 1 800 BTC répartis sur plus de 5 000 adresses, pour environ 118 M$. Nous avions relevé le scénario dans lequel la facture totale dépasserait les 151 M$, et le compteur n’est toujours pas figé.
La différence de traitement entre les vagues compte beaucoup. Les fonds des vagues suivantes ont déjà commencé à circuler, ce qui réduit fortement les chances de les rattraper. Ceux de la première vague, eux, restent saisissables tant qu’ils ne bougent pas.
Le rapprochement avec les autres incidents du mois est parlant. La fuite qui a exposé 13 689 acheteurs de Trezor via son transporteur visait des données clients, pas des clés. Ici, la clé elle-même était reconstructible, ce qui place le hack de Coldcard dans une catégorie à part.
Une récupération judiciaire suppose toutefois plusieurs conditions réunies au même moment. Il faut une juridiction compétente, un détenteur localisable et des fonds encore immobiles le jour de la décision. Les trois adresses concernées cochent aujourd’hui la dernière case, et c’est la seule sur laquelle les enquêteurs ont une prise directe.
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Un générateur logiciel glissé dans le firmware en mars 2021
L’origine technique remonte à un correctif de firmware daté de mars 2021. À partir de cette version, l’appareil tirait ses nombres aléatoires depuis un générateur logiciel prévisible, au lieu du générateur matériel sécurisé embarqué dans le microcontrôleur STM32. Le schéma n’a rien d’inédit dans son principe, puisque la faille BTCPay Server qui a vidé des nœuds Lightning reposait déjà sur un défaut logiciel resté invisible pendant des mois.
Les conséquences se lisent en bits d’entropie. Les modèles anciens tombaient autour de 40 bits, les plus récents autour de 72 bits, quand une phrase de récupération correctement générée doit rester hors de portée du calcul. Une seed à 40 bits devient énumérable, et c’est exactement ce qui s’est produit.
Un bug d’entropie a ceci de particulier qu’il ne produit aucun symptôme visible tant que personne ne le cherche. Les appareils continuent de signer normalement, les transactions passent, les sauvegardes fonctionnent, et la faiblesse ne se manifeste qu’au moment où quelqu’un décide de reconstruire les clés à partir du même défaut.
Pour les détenteurs, la leçon opérationnelle porte moins sur la marque que sur la vérification. Un appareil réputé sérieux a diffusé pendant plus de quatre ans des clés fabriquées avec un aléa insuffisant, sans que le marché s’en aperçoive. Le hack de Coldcard n’a rien inventé, il a simplement exploité une fenêtre restée ouverte trop longtemps.
Le marché, lui, a déjà tranché à sa façon. La concentration qui a porté 90 portefeuilles au-delà de 10 000 BTC montre où va la garde quand la confiance dans un modèle grand public se fissure. La suite du dossier dépendra maintenant de ce que les autorités feront des journaux transmis par Block.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


