Une transaction Bitcoin résiste à l’ordinateur quantique

Transaction Bitcoin forgée pour résister à l'ordinateur quantique, pièce trempée face à un robot

StarkWare a annoncé mercredi l’exécution de la première transaction Bitcoin conçue pour résister à un ordinateur quantique. L’entreprise a déplacé 3,1 BTC sur le réseau principal, dans le bloc 964 199, avec un verrou fondé sur des fonctions de hachage plutôt que sur les courbes elliptiques. La démonstration prouve qu’une protection existe déjà, sans aucune modification du protocole. Elle confirme aussi que cette protection reste coûteuse et réservée à des cas très particuliers.

Pour résumer

  • StarkWare a déplacé 3,1 BTC dans une transaction résistante au quantique, minée dans le bloc 964 199.
  • Le schéma QSB d’Avihu Levy repose sur des fonctions de hachage et fonctionne sans changement de protocole.
  • L’outil reste un dernier recours : des heures de calcul GPU et un format que les nœuds ne relaient pas.

StarkWare déplace 3,1 BTC dans le bloc 964 199

Le fait est passé presque inaperçu dans un marché obnubilé par les prix. StarkWare, la société connue pour ses travaux sur les preuves cryptographiques, a exécuté une transaction Bitcoin dont la signature résiste par construction à un ordinateur quantique.

Le transfert porte sur 3,1 BTC et a été confirmé dans le bloc 964 199. Il applique le schéma Quantum Safe Bitcoin (QSB), conçu par Avihu Levy, directeur produit de StarkWare et co-auteur de ColliderScript. Levy avait publié la méthode en avril dans le dépôt GitHub qui détaille tout le schéma QSB.

Le sujet n’a rien d’académique. La menace d’un ordinateur quantique capable de casser les clés publiques pèse sur une partie du parc d’adresses, un risque déjà documenté dans notre analyse de la menace quantique qui plane sur 7 millions de BTC. Une transaction qui neutralise ce vecteur d’attaque, même à titre expérimental, change la nature du débat.

La bascule technique est simple à résumer. Là où une signature classique expose des courbes elliptiques vulnérables à l’algorithme de Shor, le verrou QSB s’appuie sur la résistance des fonctions de hachage. Un ordinateur quantique sait attaquer les premières. Il ne sait pas inverser les secondes.

Le calendrier compte autant que la prouesse. Entre la publication du schéma en avril et cette transaction Bitcoin confirmée fin août, quatre mois ont suffi pour passer du papier au réseau principal. Dans un écosystème où les propositions techniques mettent souvent des années à sortir des forums, ce délai est inhabituellement court.


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Des heures de calcul GPU pour une seule signature

La protection a un prix. La méthode repose sur un procédé de recherche par force brute, où des millions de candidats de signature sont testés jusqu’à en trouver un qui n’expose aucun élément de la clé publique. Ce travail demande des heures de calcul pour une seule transaction.

Le dépôt de Levy chiffre ce calcul entre 75 et 150 $ de GPU en cloud par dépense. La facture ne s’arrête pas là : l’opération exige deux transactions on-chain totalisant environ 11 000 vB, soit près de 80 fois la taille d’une transaction SegWit standard. Chaque protection quantique pèse lourd dans l’espace de bloc.

Autre obstacle, le format ne correspond pas aux standards que relaient les nœuds du réseau. La transaction a donc été remise directement à un mineur, MARA, via son service Slipstream. L’épisode rappelle à quel point l’inclusion d’un bloc dépend des opérateurs qui le produisent, un enjeu déjà illustré par la mainmise d’un État sur ses pools de minage.

Levy assume cette lourdeur. Il défend un outil de dernier recours, pensé pour des fonds préparés à l’avance, et reconnaît que le coût et l’expérience utilisateur excluent tout usage courant. QSB tient davantage de la sortie de secours que du chemin de migration.


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Un outil de dernier recours en attendant la mise à niveau

Pour les détenteurs, rien ne change à court terme. Personne ne sait quand un ordinateur quantique assez puissant verra le jour, et les machines actuelles restent des prototypes de laboratoire. La transaction de StarkWare ne protège pas le réseau, elle prouve qu’un chemin de repli existe déjà.

Eli Ben-Sasson, patron de StarkWare, met en avant la portée psychologique de la démonstration : l’actif avait besoin de cette réassurance autant que ses détenteurs. Le message vise les trésoreries et les institutionnels, pour qui le risque quantique figure désormais dans les rapports d’audit au même titre que le risque de garde, comme l’a rappelé le hack de Coldcard cet été.

À moyen terme, le vrai chantier reste devant. StarkWare précise qu’une mise à niveau au niveau du protocole demeure indispensable pour protéger l’ensemble du réseau, et la migration de millions d’adresses vers un schéma post-quantique se compte en années. Le débat sur un soft fork dédié devrait gagner en intensité dans les prochains mois.

D’ici là, chaque transaction Bitcoin de ce type servira de test grandeur nature. La première a coûté cher, a demandé des heures de calcul et un mineur complice. La suivante coûtera un peu moins. C’est exactement ainsi que les protections finissent par se banaliser.

Affaire à suivre sur Cryptonomic.

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