Trump : ses investisseurs crypto perdent 4,7 Md$

Investisseurs crypto émerveillés devant un illusionniste pendant que des pièces dorées tombent dans une trappe

L’association de défense des consommateurs Public Citizen a chiffré ce que les cinq produits adossés au nom de Donald Trump ont coûté aux investisseurs crypto qui les ont achetés : au moins 4,7 Md$ de moins-values, très majoritairement latentes. Le memecoin TRUMP porte à lui seul 3,2 Md$ de ce total, répartis sur près d’un million de portefeuilles particuliers. Sur la même période, Trump a déclaré au moins 1,4 Md$ de revenus liés à la crypto pour l’année 2025. L’écart entre les deux chiffres est l’objet du rapport.

Pour résumer

  • 4,7 Md$ de pertes cumulées sur cinq produits crypto liés à Trump, dont 3,2 Md$ sur le seul memecoin TRUMP
  • Le token TRUMP est passé de 73,43 $ en janvier 2025 à environ 2,73 $ vendredi
  • Trump a déclaré 1,4 Md$ de revenus crypto pour 2025 pendant que ces positions se dégradaient

Le memecoin TRUMP concentre 3,2 Md$ des moins-values

Le rapport porte sur cinq produits distincts et les traite séparément, ce qui permet de voir où l’argent s’est réellement évaporé. Un seul d’entre eux pèse plus des deux tiers de l’ardoise.

Public Citizen détaille sa méthode dans le document qu’elle a publié sur les cinq produits crypto de la famille Trump. L’organisation reconstitue les prix d’entrée à partir des transactions on-chain, puis compare à la valorisation du jour. Le résultat porte donc sur des moins-values comptables, pas sur des pertes réalisées.

Le memecoin TRUMP, lancé en janvier 2025, ressort à 3,2 Md$ de pertes sur environ un million de portefeuilles particuliers. Le jeton avait atteint 73,43 $ dans les jours suivant son lancement. Il s’échangeait autour de 2,73 $ vendredi, soit 96 % sous son plus haut.

La formulation du rapport sur la répartition de ces pertes mérite d’être reprise telle quelle : les tout premiers acheteurs étaient positionnés pour des gains extraordinaires, et les vagues bien plus larges qui ont acheté pendant et après la flambée se retrouvent avec des jetons valant une fraction de leur prix d’achat. C’est la description clinique d’un transfert de richesse entre deux populations d’investisseurs crypto, pas d’une destruction de valeur.

Cette dynamique n’a rien de nouveau pour ceux qui suivent le dossier. Dès février, un analyste estimait publiquement que Donald Trump avait abîmé l’écosystème crypto en important dans le secteur une mécanique de lancement qui siphonne le détaillant au profit des initiés.

Les Trump Digital Trading Cards ferment la marche avec au moins 9,3 M$ de pertes réparties sur trois collections. Le montant est marginal à l’échelle du rapport, mais il complète le tableau : chaque format testé, du NFT au jeton de gouvernance, a produit le même profil de rendement pour l’acheteur tardif.

Une précision de méthode s’impose sur ce que le chiffre mesure. Public Citizen raisonne sur des positions encore ouvertes, valorisées au cours du jour. Les portefeuilles qui ont vendu près du sommet en janvier 2025 sortent donc du décompte, tout comme leurs gains.

Cette convention comptable joue dans les deux sens. Elle exclut les plus-values encaissées par les vendeurs précoces, ce qui minore le transfert réel entre les deux populations. Elle intègre en revanche des moins-values qui pourraient se résorber si les cours remontaient, ce qui gonfle le total affiché à un instant donné.


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World Liberty ajoute 1 Md$ et décroche sa licence bancaire

Le deuxième poste du rapport est le jeton de gouvernance de World Liberty Financial, crédité de près d’1 Md$ de moins-values pour ses détenteurs. C’est aussi le produit dont la trajectoire institutionnelle contraste le plus avec la performance de son jeton.

Pendant que le jeton se dépréciait, l’entité a obtenu ce qu’aucun autre produit crypto de la galaxie Trump n’avait décroché. World Liberty a obtenu son agrément bancaire américain le 14 août, sous la forme d’une approbation préliminaire conditionnelle du régulateur des banques nationales.

Le périmètre autorisé figure noir sur blanc dans la décision de chartering que l’OCC a rendue publique en août : l’établissement se limitera aux activités de trust, sans octroi de crédit au public. Sa fonction opérationnelle sera l’émission, le rachat et la conservation du stablecoin USD1.

USD1 pèse aujourd’hui 4 Md$ de capitalisation et occupe le quatrième rang mondial des stablecoins. Cette ligne-là n’apparaît pas dans le décompte des pertes, pour une raison simple : un stablecoin adossé au dollar ne fait pas perdre d’argent à son détenteur, il en fait gagner à son émetteur via le rendement des réserves.

La structure de propriété de la holding bancaire a fait l’objet d’un signalement distinct fin août. Un véhicule d’investissement abou-dhabien en détient 49 %, une entité affiliée à la famille Trump 38 %. Des élus démocrates ont demandé des auditions sur ce montage.

Le prix de cette participation avait été fixé bien avant. L’entité émiratie avait signé un accord de 500 M$ pour 49 % de World Liberty Financial en janvier 2025, quatre jours avant l’investiture, dont 263 M$ ont été dirigés vers des entités contrôlées par la famille Trump.

Ce calendrier est ce qui distingue le dossier World Liberty des quatre autres. Les acheteurs du jeton de gouvernance sont entrés après l’annonce publique, sur un marché ouvert. Le capital de la structure, lui, avait changé de mains en amont, à un prix négocié de gré à gré.

Il y a une leçon de structure à tirer de ce deuxième poste. Le jeton spéculatif porte le risque, l’infrastructure capte la rente. Les 1 Md$ de moins-values sont supportées par les acheteurs du jeton de gouvernance, tandis que la brique réglementée qui produira des revenus récurrents reste dans le périmètre des actionnaires.


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1,4 Md$ encaissés d’un côté, 4,7 Md$ perdus de l’autre

Le troisième poste du rapport concerne Trump Media, avec environ 450 M$ de moins-values latentes sur son activité bitcoin. La société avait construit une trésorerie en actifs numériques au moment où les cours étaient nettement plus hauts.

Ce chantier-là a d’ailleurs été partiellement démonté cet été. Trump Media a abandonné son projet de trésorerie Crypto.com de 6,42 Md$ début août, ce qui a soldé l’ambition la plus large du groupe en matière de réserve d’actifs numériques.

Le même groupe avait déjà reculé sur un autre front. Truth Social a retiré ses trois ETF crypto faute de demande au printemps, après un lancement qui n’avait pas trouvé son public.

Face à ces 4,7 Md$, la déclaration de patrimoine de Trump fait état d’au moins 1,4 Md$ de revenus liés à la crypto pour la seule année 2025. Les deux montants ne se compensent pas comptablement, ils décrivent deux positions opposées dans les mêmes opérations.

C’est la mécanique de fond que documente le rapport. Les revenus de l’émetteur proviennent des frais de lancement, des allocations réservées et de la valorisation initiale, tous encaissés au moment où la demande est maximale. Les pertes des acheteurs se matérialisent ensuite, quand cette demande retombe.

Pour un détenteur, la conséquence pratique tient au calendrier d’entrée plus qu’au projet lui-même. Sur les cinq produits recensés, aucun n’a échoué techniquement. Ils ont livré exactement ce qu’ils promettaient, et la valeur s’est concentrée sur les positions ouvertes avant l’annonce publique.

À l’échelle du marché, l’effet immédiat sur les investisseurs crypto reste limité. Les 4,7 Md$ pèsent peu au regard des volumes quotidiens, et ces positions sont réparties sur un million de portefeuilles qui n’ont, pour la plupart, aucune raison de vendre à ces niveaux. La pression vendeuse résiduelle est donc faible.

L’effet à six mois se situe ailleurs, du côté de la confiance du détaillant. Un million de portefeuilles qui associent une marque politique à une moins-value de 96 % constitue un précédent que chaque prochain lancement adossé à une personnalité publique devra affronter.

Le prolongement à surveiller sur les prochains mois est réglementaire. Les enquêtes parlementaires demandées portent sur les conflits d’intérêts, pas sur la performance des jetons. Une exposition politique du dossier pèserait davantage sur USD1 et sur la banque trust que sur un memecoin déjà à 96 % sous son plus haut.

Reste le dossier de la réserve stratégique. L’annonce d’une réserve Bitcoin fédérale était présentée comme imminente en mai, et c’est le seul volet crypto de la présidence qui engagerait le bilan de l’État plutôt que celui d’acheteurs particuliers. Le rapport de Public Citizen ne le couvre pas, ce qui laisse la question du périmètre entière : les 4,7 Md$ ne mesurent que la sphère privée.

Affaire à suivre sur Cryptonomic.

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