Les mineurs Bitcoin vendent leur production moins cher qu’elle ne leur coûte depuis cinq mois consécutifs. JPMorgan évalue le coût moyen de minage à 78 000 dollars par BTC, alors que le marché s’échange autour de 62 000 à 63 000 dollars. Environ 20 % des opérateurs travaillent désormais à perte, et plus de 32 000 bitcoins ont été liquidés par les sociétés cotées sur le seul premier trimestre 2026 pour couvrir leurs frais de fonctionnement. La pression sur les producteurs n’a plus rien d’anecdotique, elle commence à dicter la trajectoire du marché.
Pour résumer
- JPMorgan chiffre à 78 000 $ le coût moyen de production d’un Bitcoin, contre un prix spot autour de 62 000 $.
- Cinq mois d’écart négatif consécutif, du jamais vu sur la décennie en cours.
- 32 000 BTC vendus par les mineurs cotés au T1 2026, soit davantage que sur toute l’année 2025.
Le coût réel de produire un Bitcoin en 2026
La banque d’affaires américaine ne se contente plus d’une estimation théorique. Selon ses dernières évaluations, chaque Bitcoin extrait coûte en moyenne 78 000 dollars à son producteur, en tenant compte de la difficulté du réseau, du prix de l’électricité et de l’amortissement du matériel ASIC déployé ces dernières années.
Le calcul intègre la hausse mécanique de la difficulté qui suit l’arrivée de nouvelles capacités, et la stagnation de la récompense par bloc depuis le halving de 2024. Ces deux paramètres se conjuguent pour pousser le seuil de rentabilité toujours plus haut, indépendamment du prix de marché.
Le résultat est sans appel. Quand le spot s’échange autour de 62 000 dollars, comme c’est le cas cette semaine, chaque Bitcoin miné est vendu environ 16 000 dollars sous son coût de production. La marge brute des mineurs Bitcoin est donc négative depuis cinq mois consécutifs, une durée inédite dans le cycle actuel.
Pour un opérateur qui doit assurer sa trésorerie au quotidien, ce différentiel devient intenable. Les acteurs les plus exposés, ceux qui paient l’électricité au-dessus de 0,07 dollar par kilowattheure ou qui n’ont pas renouvelé leur flotte récemment, sortent du marché par défaut. C’est ce que la statistique des 20 % de capacité non rentable traduit concrètement.
Ce contexte intervient alors que le marché reste sous pression macroéconomique, comme nous l’analysions dans notre point sur la chute du Bitcoin liée aux tensions Iran-USA au Liban. La double peine pour les mineurs Bitcoin : un prix qui ne décolle pas et des coûts qui ne baissent pas.
Pourquoi 20 % des mineurs Bitcoin sont à l’arrêt
La part de capacité de minage qui fonctionne à perte atteint donc environ un cinquième du hashrate total selon les estimations relayées par JPMorgan. Ce chiffre ne signifie pas que ces machines sont éteintes, mais qu’elles produisent du Bitcoin à un prix supérieur à celui qu’elles peuvent en tirer sur le marché.
Les raisons sont structurelles. La plupart de ces opérations utilisent des modèles d’ASIC d’ancienne génération, dont l’efficacité énergétique est dépassée par les machines plus récentes. Tant que le mineur amortit son investissement initial, il continue à tourner, en pariant sur une remontée des prix.
Cette logique d’attente devient explosive quand elle dure trop longtemps. Les sociétés cotées sont les premières à céder, parce qu’elles doivent rendre des comptes trimestriellement. C’est exactement ce que les données du premier trimestre 2026 démontrent : plus de 32 000 BTC vendus en trois mois, soit davantage que sur l’intégralité de l’année 2025 pour ce même groupe d’acteurs.
Ces ventes représentent l’équivalent d’environ 2 milliards de dollars au prix actuel, et elles arrivent sur un marché déjà fragile. Chaque distribution massive nourrit la pression vendeuse, ce qui renforce la spirale et pousse encore plus de mineurs Bitcoin sous leur seuil de rentabilité.
La consolidation s’accélère. Les acteurs qui ont accès à des capacités électriques très bon marché, généralement en Amérique du Nord ou dans certaines régions du Moyen-Orient, captent progressivement le hashrate abandonné par les opérateurs en difficulté. Le réseau ne s’effondre pas, il se concentre.
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Ce que la pression sur les mineurs change pour le marché
L’impact se mesure à deux niveaux. À court terme, la pression vendeuse mécanique des mineurs alimente la défiance des investisseurs, qui voient passer des transferts massifs de wallets connus vers les exchanges. Ce flux on-chain pèse directement sur le carnet d’ordres et limite tout rebond durable.
À moyen terme, la situation prépare un assainissement du secteur. Les acteurs les moins efficaces seront forcés de céder leur infrastructure, et cette capacité passera entre les mains d’opérateurs plus solides, capables de tenir des marges même à prix bas. C’est le mécanisme classique des bear markets miniers, déjà observé en 2022.
La question devient celle du seuil de capitulation. Tant que les ventes de mineurs s’ajoutent à la pression macro déjà présente, le marché peine à trouver un plancher solide. Une remontée du Bitcoin au-dessus de 75 000 ou 80 000 dollars suffirait théoriquement à rétablir une marge positive pour la majorité des opérateurs, et donc à éteindre cette source de pression vendeuse.
Mais ce niveau reste éloigné dans le contexte actuel. Tant que la Fed maintient sa posture restrictive et que l’incertitude géopolitique pèse sur l’appétit pour le risque, le scénario d’un rebond rapide reste improbable. Le coût de production fonctionne alors comme un signal de capitulation, identifié dans les cycles précédents comme un marqueur de bas de cycle, sans garantie de timing précis.
La prochaine étape à surveiller est le prochain ajustement de difficulté du réseau, qui devrait baisser mécaniquement si le hashrate diminue. Une baisse significative validerait l’hypothèse d’une sortie en masse des mineurs déficitaires, et marquerait probablement la fin de cette phase de pression vendeuse forcée.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


