Taxe crypto : la Corée du Sud impose 22% en 2027

Taxe crypto sud-coréenne symbolisée par un sceau officiel frappant une pièce Bitcoin dorée

La Corée du Sud confirme l’entrée en vigueur de sa taxe crypto en janvier 2027, après cinq ans de reports successifs. Le taux combiné atteint 22% sur les plus-values qui dépassent 2,5 millions de wons par an (environ 1 740 $). Le vice-Premier ministre Koo Yun-cheol l’a acté devant la commission des finances de l’Assemblée nationale. Un texte concurrent, qui viserait à supprimer purement et simplement la taxe, reste toutefois sur la table.

Pour résumer

  • Taxe crypto sud-coréenne à 22% dès janvier 2027 sur les gains supérieurs à 2,5 millions de wons (environ 1 740 $).
  • Cinquième échéance après trois reports depuis 2022, désormais présentée comme définitive par le gouvernement.
  • L’opposition alerte sur un exode des investisseurs vers les plateformes étrangères et le peer-to-peer.

Un prélèvement de 22% au-dessus de 1 740 $ de gains

Le dispositif est désormais chiffré. La taxe s’applique aux plus-values réalisées sur les cessions de cryptomonnaies au taux combiné de 22%, qui additionne un impôt national de 20% et sa surtaxe locale. Elle ne mord que sur la fraction des gains annuels qui dépasse 2,5 millions de wons, soit environ 1 740 $, ce seuil servant aussi d’abattement.

Sur le plan fiscal, les revenus tirés de la cession ou du prêt de cryptoactifs seront traités comme des « autres revenus » dans la déclaration. C’est une catégorie distincte des revenus du travail ou du capital classique, qui fixe le régime déclaratif que devront suivre les détenteurs sud-coréens à partir de l’exercice 2027. La Corée du Sud n’avance pas seule dans cette mise en conformité, alors que les États-Unis affinent en parallèle leur propre cadre via le projet de règle Reg Crypto de la SEC.

Le calendrier réactive un serpent de mer. La Corée du Sud a voté le principe de cette imposition dès 2020, pour une entrée en vigueur initialement prévue en janvier 2022. Le pays rejoint donc, avec du retard, la logique de plusieurs juridictions qui ont fini par border leur fiscalité des cryptoactifs, à l’image du calendrier réglementaire américain qui continue de glisser au Sénat.


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Trois reports en cinq ans, et un texte qui pourrait tout annuler

La mesure a été repoussée trois fois. Prévue pour 2022, elle a d’abord été décalée à 2025, avant qu’un amendement de décembre 2024 ne la renvoie à janvier 2027. À chaque échéance, la pression des investisseurs particuliers et le poids électoral de la communauté crypto ont eu raison du calendrier initial.

Cette fois, le gouvernement affiche sa fermeté. Devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, le vice-Premier ministre Koo Yun-cheol a confirmé la volonté de taxer les cryptoactifs « dès l’an prochain, comme prévu ». La formulation ferme la porte à un quatrième report présenté comme automatique, même si rien n’empêche encore un revirement de dernière minute.

Un contre-feu existe pourtant. Une proposition de loi déposée en mars viserait à supprimer la taxe en retirant purement et simplement les revenus crypto du champ de l’impôt sur le revenu. Elle a été renvoyée en sous-commission le 29 juillet, ce qui la maintient en vie sans lui donner de majorité. Séoul n’est pas la première capitale à hésiter entre taxer et différer : le report britannique de la fiscalité DeFi jusqu’en 2027 illustre la même prudence face à un actif difficile à tracer.

Pour un holder sud-coréen, l’incertitude est double. Il doit se préparer à déclarer ses gains dans dix-huit mois, tout en sachant que le régime peut encore basculer si le texte d’abrogation avance. Cette instabilité normative complique la moindre stratégie de sortie, en particulier pour ceux qui arbitrent entre réaliser leurs plus-values avant ou après l’échéance.


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Le risque d’un exode vers les plateformes étrangères

L’opposition pointe une faille précise. Le député Kim Sang-hoon, du People Power Party, a critiqué l’absence de report des pertes d’une année sur l’autre. En clair, un investisseur qui perd lourdement une année, puis se refait la suivante, serait taxé sur ses gains sans pouvoir déduire ses pertes antérieures, un traitement asymétrique que beaucoup jugeront profondément injuste.

Sa mise en garde va plus loin. Faute d’un cadre lisible, prévient-il, les investisseurs pourraient déplacer leur activité vers des exchanges centralisés étrangers, des plateformes décentralisées et des marchés de gré à gré. La menace est concrète dans un pays où le trading crypto de détail reste massif et où la frontière avec les plateformes offshore n’a jamais été étanche.

Ce risque de fuite dessine l’enjeu de moyen terme. Une fiscalité trop rigide, sans compensation des pertes, pousse mécaniquement le volume vers les circuits que le fisc voit le moins. La Corée du Sud avance ici en sens inverse de l’Europe, où le premier bilan d’un an du cadre MiCA a cherché à ramener l’activité dans un périmètre supervisé plutôt qu’à la disperser.

Le débat sud-coréen dépasse donc le seul taux de 22%. Il oppose deux philosophies, entre l’urgence budgétaire de taxer une classe d’actifs devenue mainstream et le risque de vider l’assiette fiscale en poussant les particuliers hors du système déclaratif. C’est le même dilemme que les régulateurs affrontent un peu partout, entre encadrer une classe d’actifs devenue incontournable et l’étouffer. Les prochains mois diront quelle logique l’emporte à Séoul.

Affaire à suivre sur Cryptonomic.

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