Le HMRC a publié le 13 juillet un policy paper qui adopte un traitement « no gain, no loss » pour les prêts crypto et les dépôts en pools de liquidité. La mesure entre en application le 6 avril 2027 et concerne environ 700 000 contribuables britanniques. La fiscalité crypto UK bascule d’un cadre punitif (chaque transfert DeFi déclenchait un fait générateur) vers un régime de report jusqu’à la vraie sortie économique. Le HM Treasury va modifier le Taxation of Chargeable Gains Act de 1992 pour graver la règle dans le marbre.
Pour résumer
- HMRC applique le « no gain, no loss » aux prêts crypto et pools de liquidité à partir du 6 avril 2027.
- Environ 700 000 utilisateurs britanniques sont concernés par le report d’imposition.
- Le costing définitif reste soumis à la certification de l’Office for Budget Responsibility.
HMRC publie un régime « no gain, no loss » pour les prêts crypto
Le HM Revenue and Customs a présenté sa nouvelle doctrine le 13 juillet 2026, dans un policy paper dédié au traitement fiscal des prêts d’actifs numériques et des dépôts en pools de liquidité. Le texte tranche une controverse qui empoisonnait la place DeFi britannique depuis plusieurs années.
Jusqu’ici, chaque envoi de crypto vers un protocole de lending ou une pool Uniswap déclenchait un fait générateur de Capital Gains Tax. Le simple dépôt en pool était traité comme une cession, alors que le déposant restait exposé économiquement à l’actif. Résultat, des impôts dus sur des gains latents non réalisés, un piège que les fiscalistes britanniques dénonçaient depuis 2022. Le règlement européen MiCA appliqué depuis juillet 2026 n’a pas résolu ce point côté Union européenne, laissant les mécaniques DeFi dans un flou juridique persistant.
Avec la nouvelle règle, ces mouvements techniques ne matérialisent plus de plus-value taxable. Le HMRC détaille que la CGT sera « reportée jusqu’à ce que les actifs soient économiquement cédés ». Le déclencheur devient la sortie réelle (vente contre fiat, échange contre un autre actif hors périmètre DeFi qualifié), pas le passage par un smart contract intermédiaire.
Le HM Treasury a précisé que la loi modifiée sera le Taxation of Chargeable Gains Act 1992, texte pivot du régime des plus-values au Royaume-Uni. L’entrée en vigueur pointe au 6 avril 2027, calée sur le début de l’exercice fiscal britannique. Le costing final doit encore recevoir la certification de l’Office for Budget Responsibility, étape technique standard mais non anodine.
Ce que change concrètement le report d’avril 2027 pour les holders UK
La fiscalité crypto UK cesse d’être un frein technique à la participation DeFi. Un utilisateur qui déplace de l’ETH vers Aave, ou fournit de la liquidité sur Uniswap V4, ne verra plus la manœuvre requalifiée en cession, à l’inverse des 10 millions d’Européens qui ont perdu l’accès à leur plateforme crypto faute d’agrément CASP dans les temps. Les fournisseurs de liquidité et les prêteurs DeFi respirent, particulièrement ceux qui rotent fréquemment leurs positions au fil des opportunités de yield.
Le HMRC estime à 700 000 le nombre d’individus concernés. Ce n’est pas anecdotique. Ce chiffre suggère que le contingent britannique actif sur les protocoles de prêt et les DEX est plus large que ce que les statistiques officielles laissaient penser, et que la réforme touche un vivier substantiel de contribuables.
Attention néanmoins à la lecture. Le texte n’est pas une exonération sèche. C’est un décalage temporel du fait générateur. La CGT reste due au moment où l’actif est réellement cédé économiquement (sortie vers cash, ou vers un usage hors périmètre DeFi qualifié). Un lecteur qui interpréterait le communiqué comme une amnistie fiscale ferait une erreur de fond.
La fenêtre entre juillet 2026 et avril 2027 laisse un délai de 9 mois aux plateformes crypto opérant depuis Londres pour aligner leurs interfaces, leurs rapports fiscaux automatisés et leurs procédures KYC sur le nouveau régime. Les DeFi natifs (Uniswap Labs, protocoles décentralisés purs) n’ont pas ce fardeau, mais les CASP réglementés qui servent le marché retail britannique devront revoir leurs templates de reporting.
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Le Royaume-Uni s’écarte de la ligne MiCA en misant sur l’attractivité DeFi
Le contraste avec l’Union européenne est frappant. Depuis le 1er juillet 2026, le règlement MiCA impose un cadre crypto unique aux 30 pays de l’Espace économique européen, avec obligations d’agrément CASP, exigences de fonds propres et discipline anti-blanchiment. Le texte MiCA traite peu les mécaniques DeFi, laissant les acteurs européens dans un flou juridique.
Le Royaume-Uni post-Brexit choisit une autre direction. En reportant l’imposition DeFi plutôt qu’en la durcissant, Londres envoie un signal clair aux protocoles décentralisés : la City reste ouverte au business crypto, y compris dans ses formes les plus expérimentales. Le HMRC ne renonce pas à taxer, il choisit de taxer plus tard, quand la valeur économique est enfin encaissée.
La coïncidence de calendrier est éclairante. À l’échéance du 1er juillet 2026 côté MiCA, 10 millions d’Européens ont perdu l’accès à leur plateforme crypto faute d’agrément CASP dans les temps. Deux semaines plus tard, Londres publie une réforme qui simplifie la vie fiscale de 700 000 utilisateurs. La divergence de trajectoire réglementaire crypto UK vs EU se creuse.
La question centrale devient : cette flexibilité fiscale suffit-elle à faire de Londres un hub DeFi crédible face aux juridictions plus agressives comme Dubaï ou Singapour ? Les mois qui viennent verront si des builders migrent depuis Berlin ou Amsterdam vers Londres, et si les grands protocoles annoncent des ouvertures de sièges britanniques. La bataille pour capter la liquidité DeFi se joue aussi côté États-Unis, où le Sénat a bloqué le dollar numérique jusqu’en 2030, laissant le champ ouvert à la crypto privée.
Reste à voir si le OBR validera le costing sans reproche. Une contestation technique du chiffrage retarderait l’entrée en vigueur, ou obligerait le HM Treasury à revoir la mécanique. Rien n’est acquis avant l’aval final.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


