Un fork Bitcoin ne détruit jamais vos bitcoins directement. Ce qui vous les fait perdre, c’est ce que vous en faites pendant que le réseau est scindé. Ce guide détaille la différence entre soft fork et hard fork, le mécanisme de l’attaque par rejeu, et la seule règle qui protège un détenteur non technique.
Pour résumer
- Un soft fork resserre les règles, un hard fork en crée de nouvelles incompatibles avec les anciens nœuds
- Sans protection contre le rejeu, vendre les jetons issus d’une chaîne peut dépenser vos bitcoins sur l’autre
- Des fonds qui ne bougent pas ne peuvent pas être rejoués, parce qu’aucune transaction signée n’existe à copier
Soft fork, hard fork : la seule différence qui compte
Un fork est une modification des règles de validation du réseau. Tout tient ensuite à une question : les nœuds qui n’ont pas fait la mise à jour acceptent-ils encore les blocs produits par ceux qui l’ont faite ?
Dans un soft fork, la réponse est oui. Les nouvelles règles sont plus strictes que les anciennes, donc un bloc valide pour les nœuds à jour reste valide pour les autres. La compatibilité descendante est préservée, et le réseau peut adopter la règle progressivement sans se scinder.
Dans un hard fork, la réponse est non. Les nouvelles règles autorisent des blocs que les anciens nœuds rejettent. À partir de là, deux chaînes coexistent avec deux historiques communs jusqu’au point de séparation, puis deux futurs distincts. Le hard fork crée une nouvelle monnaie, le soft fork non.
La nuance importe parce qu’un soft fork mal soutenu peut quand même produire une scission. Si une minorité de nœuds impose une règle que la majorité des mineurs ignore, ces nœuds se mettent à rejeter les blocs de la chaîne principale. Techniquement c’est toujours un soft fork. Pratiquement, l’utilisateur se retrouve avec deux réseaux.
C’est exactement la situation que crée la proposition BIP-110 telle qu’elle est publiée dans le dépôt officiel des BIP en août 2026, et c’est pour cette raison que le sujet mérite un guide plutôt qu’une brève.
Ce que BIP-110 change dans les règles de consensus
BIP-110 porte le titre officiel de Reduced Data Temporary Softfork. C’est une proposition de couche consensus signée Dathon Ohm, dont l’objet est de restreindre temporairement la quantité de données non monétaires que l’on peut inscrire dans une transaction Bitcoin.
Sept règles composent la proposition. Les nouveaux scriptPubKeys sont plafonnés à 34 octets, avec 83 octets tolérés pour OP_RETURN. Les pushs de données et les éléments de witness sont limités à 256 octets. Dépenser une version de witness non définie devient invalide, les annexes Taproot sont interdites, les control blocks plafonnent à 257 octets, et deux familles d’opcodes (OP_SUCCESS et OP_IF/OP_NOTIF) sont interdites d’exécution en Tapscript.
Un point rassure immédiatement : les UTXO créés avant l’activation restent exemptés de toutes les restrictions. Aucun fonds existant ne se retrouve gelé par la règle elle-même. La restriction s’applique à ce qui sera écrit après, pas à ce qui existe déjà.
Le calendrier d’activation utilise un déploiement BIP9 modifié avec un seuil de 55%, soit 1 109 blocs signalants sur une période de 2 016. Le compteur a démarré le 1er décembre 2025. La période de signalement obligatoire couvre les blocs 961 632 à 963 647, et la hauteur d’activation maximale est fixée à 965 664, autour du 1er septembre 2026. Une fois active, la règle dure 52 416 blocs (environ un an) puis expire d’elle-même.
Le problème est ailleurs. Le soutien des mineurs n’a jamais dépassé environ 1% depuis le printemps 2026, et tournait autour de 2,6% à l’approche de l’échéance. Bitcoin Core n’a pas intégré la proposition. Le taux de signalement en temps réel est publié sur le moniteur dédié au déploiement de BIP-110. Un seuil à 55% face à un soutien à 2,6%, c’est un écart que rien ne comble en quelques jours, d’autant que les opérateurs de hashrate ont d’autres priorités, entre pression sur les marges et bascule d’une partie du parc vers les charges de travail IA.
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L’attaque par rejeu, le vrai danger pour votre portefeuille
Voilà le mécanisme qui coûte de l’argent. Au moment d’une scission, chaque détenteur possède le même solde sur les deux chaînes, puisque les deux partagent l’historique jusqu’au point de séparation. Deux soldes identiques, une seule clé privée.
Une transaction signée pour dépenser les fonds d’une chaîne est un fichier. Rien n’empêche quelqu’un de le recopier et de le diffuser sur l’autre chaîne, où il est tout aussi valide puisque les règles de signature sont identiques. La même signature dépense les deux soldes. C’est ce qu’on appelle une attaque par rejeu.
Concrètement, un détenteur qui vend ses jetons issus du fork sur une plateforme peut voir l’acheteur, ou n’importe quel observateur, rejouer la transaction sur le réseau principal et récupérer ses vrais bitcoins. La vente d’un actif secondaire vide le portefeuille principal.
BIP-110 ne contient pas de protection contre le rejeu, et ce n’est pas un oubli. Une protection anti-rejeu se conçoit quand on veut séparer proprement deux chaînes. BIP-110 n’a jamais été conçu pour scinder Bitcoin, donc rien n’a été prévu pour le cas où une scission survient malgré tout. Le développeur Kevin Loaec a signalé publiquement le risque le 6 août 2026.
La règle de survie tient en une phrase. Des fonds qui ne bougent pas ne peuvent pas être rejoués, parce qu’aucune transaction signée n’existe pour être copiée. Pour un détenteur non technique, l’attitude la plus sûre pendant une scission potentielle consiste à ne rien faire du tout. Cette discipline vaut aussi pour la garde elle-même, un arbitrage détaillé dans notre comparatif entre cold wallet et hot wallet en 2026.
Ce que 2017 a appris au réseau et ce qui reste ouvert
Bitcoin a déjà traversé cet exercice. Le 1er août 2017, Bitcoin Cash s’est séparé du réseau principal en portant la taille de bloc de 1 Mo à 8 Mo, dans le cadre du conflit sur le passage à l’échelle. La séparation a été propre, parce que Bitcoin Cash avait implémenté une protection contre le rejeu.
Le contre-exemple est arrivé la même année. Les promoteurs de SegWit2x ont refusé d’ajouter cette protection malgré les demandes répétées de l’écosystème. Le projet a été abandonné quelques jours avant la date prévue du hard fork, en partie parce que plateformes et mineurs refusaient d’assumer le risque de rejeu pour leurs utilisateurs.
Une deuxième échéance est prévue en août 2026, indépendante de BIP-110. Le hard fork eCash de Paul Sztorc vise le bloc 964 000, autour du 21 août, et prévoit d’attribuer à chaque détenteur un solde équivalent sur la nouvelle chaîne. Il introduit les drivechains décrites par BIP-300 et BIP-301, avec sept chaînes latérales déjà en développement.
Ce projet porte sa propre controverse. Il prévoit de réattribuer les bitcoins correspondant aux 1,1 million d’unités de Satoshi Nakamoto pour récompenser les premiers investisseurs, ce qu’une partie de la communauté qualifie ouvertement de vol. Le précédent inquiète autant que le montant.
Pour BIP-110, le scénario le plus probable reste l’absence de fork durable : soit les nœuds qui appliquent la règle reviennent en arrière, soit une chaîne minoritaire subsiste avec peu de puissance de calcul et une infrastructure de marché incertaine. Une protection contre le rejeu n’entre en jeu qu’à partir du bloc 965 664, début septembre. La fenêtre à risque se situe donc entre les deux dates, et c’est précisément là qu’un détenteur a intérêt à laisser ses bitcoins tranquilles, comme l’épisode Coldcard et ses 70 M$ envolés en 41 minutes l’a rappelé sur un autre terrain.
Questions fréquentes
BIP-110 va-t-il vraiment forker Bitcoin ?
Rien n’est acquis. La règle exige 55% de blocs signalants, soit 1 109 sur 2 016, et le soutien des mineurs plafonne autour de 2,6%. Bitcoin Core n’a pas intégré la proposition. Un fork durable supposerait que les nœuds appliquant la règle maintiennent leur position face à une chaîne majoritaire qui les ignore, ce qui produirait au mieux une chaîne minoritaire à faible hashrate.
Mes bitcoins peuvent-ils être gelés par BIP-110 ?
Non. La proposition exempte explicitement tous les UTXO créés avant l’activation. Les restrictions portent sur les nouvelles inscriptions de données, pas sur les fonds déjà présents dans la chaîne. Aucun solde existant ne devient indépensable du fait de la règle elle-même.
Que faire concrètement si la chaîne se scinde ?
Ne rien signer. Tant qu’aucune transaction n’est diffusée depuis vos adresses, aucune signature n’existe pour être rejouée sur l’autre chaîne. Attendre que les plateformes annoncent leur politique et qu’une protection contre le rejeu soit effective coûte quelques jours d’immobilité, ce qui reste préférable à une perte définitive.
Est-ce que je reçois automatiquement les jetons du fork ?
Cela dépend du type de fork et de votre mode de garde. Sur un hard fork comme eCash, un détenteur en auto-conservation dispose du solde équivalent sur la nouvelle chaîne. Sur un dépôt en plateforme, c’est l’opérateur qui décide de créditer ou non l’actif, et cette décision est annoncée au cas par cas.
Testez vos connaissances
Un soft fork peut-il quand même scinder la chaîne ?
Voir la réponse
Oui. Si une minorité de nœuds applique une règle que la majorité des mineurs ignore, ces nœuds rejettent les blocs de la chaîne principale et se retrouvent sur une chaîne distincte, malgré la compatibilité descendante théorique du soft fork.
Quel seuil de signalement BIP-110 exige-t-il ?
Voir la réponse
55%, soit 1 109 blocs signalants sur une période de 2 016 blocs. Le soutien observé des mineurs tournait autour de 2,6% à l’approche de la période de signalement obligatoire.
Pourquoi des fonds immobiles sont-ils à l’abri du rejeu ?
Voir la réponse
Parce qu’une attaque par rejeu consiste à recopier une transaction déjà signée sur l’autre chaîne. Sans transaction signée, il n’y a rien à copier, donc rien à rejouer.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


