La succession de Nathan Allman, fondateur d’Ondo Finance mort fin mai à 32 ans, attaque devant la justice du Delaware pour reprendre la main sur l’entreprise. Sa mère Kathleen Allman accuse l’ancien président Ian De Bode de s’être emparé du poste de directeur général pendant que la procédure d’homologation gelait les droits de vote. Le token ONDO pèse près de 2 Md$.
Pour résumer
- Kathleen Allman réclame le contrôle d’Ondo et la révocation d’Ian De Bode
- La plainte a été déposée le 24 juillet devant la Court of Chancery du Delaware
- De Bode juge les accusations sans fondement et dit garder le soutien des parties prenantes
Une succession qui gèle le pouvoir de vote pendant un mois
Nathan Allman cumulait trois positions : directeur général, unique administrateur, et actionnaire de contrôle. Sa mort fin mai, à 32 ans et sans cause rendue publique, a donc vidé simultanément les trois. Le conseil comptait alors deux sièges, dont un vacant.
Le pouvoir de vote a basculé vers la succession, mais il est resté suspendu tant que l’homologation n’était pas bouclée. Cette procédure s’est achevée le 26 juin, quand un tribunal d’Hawaï a désigné Kathleen Allman représentante personnelle de la succession. Entre les deux dates, l’entreprise dont dépend un token déjà signalé pour sa volatilité par les détenteurs a fonctionné sans autorité actionnariale établie.
C’est dans ce vide que se joue le litige. La succession soutient qu’avant la fin de l’homologation, Ian De Bode a revendiqué être devenu directeur général automatiquement en vertu des statuts. Elle objecte que ces mêmes statuts imposent une décision du conseil pour nommer un dirigeant.
La plainte va plus loin sur les actes posés ensuite. De Bode se serait élu unique administrateur par le jeu d’un accord de vote, aurait recruté des conseils extérieurs, validé des attributions de performance et tenté de faire entrer un administrateur supplémentaire. Chacun de ces actes engage la société et sera examiné si le tribunal juge la nomination irrégulière.
Le 24 juillet, la succession reprend le conseil
Kathleen Allman a d’abord cherché un arrangement. Elle a demandé l’accès aux registres de la société et la reconnaissance de son autorité en tant que représentante de la succession. Les deux ont été refusés.
Elle a alors utilisé le levier actionnarial. Le conseil a été porté de deux à quatre sièges, et le 24 juillet, elle a voté avec Tahnee Towill, sœur du fondateur et membre du conseil, la révocation de De Bode de toutes ses fonctions. Le même jour, la plainte partait vers la Court of Chancery du Delaware. Gordon Liao, lui, avait décliné une entrée au conseil. Ce type de gouvernance heurtée détonne dans un secteur où Robinhood Chain a franchi 70 M$ d’actions tokenisées sans bruit institutionnel.
De Bode conteste sur toute la ligne. Il a qualifié la procédure de regrettable, jugé les accusations dénuées de fondement, et affirmé que l’entreprise conserve le soutien de ses parties prenantes. Aucune décision de justice n’a encore été rendue.
La succession présente le rôle de Kathleen Allman comme transitoire. L’objectif affiché est de stabiliser la gouvernance le temps de recruter un successeur permanent, pas de diriger durablement une société de tokenisation. Pour comprendre pourquoi le token ONDO cristallise autant d’attention, une analyse vidéo revient sur les fragilités déjà identifiées sur ce token.
À voir également sur Cryptonomic :
- XRP recule après le report du vote du Clarity Act
- Binance poursuit RedotPay et lui réclame 473 M$
- Robinhood Chain dépasse 70 M$ d’actions tokenisées
Ce qu’une gouvernance contestée coûte à un émetteur RWA
Ondo n’est pas un projet marginal. La société amène des produits financiers traditionnels sur la blockchain, notamment des bons du Trésor américain, des actions et des ETF, à travers ses tokens USDY et OUSG. Sa levée de série A en 2022 avait réuni 20 M$ auprès de Founders Fund, Coinbase Ventures, Tiger Global et Wintermute, alors que Coinbase affichait déjà l’ambition de devenir l’Apple de la finance mondiale.
C’est précisément ce positionnement qui rend le conflit dangereux. Un émetteur de titres tokenisés vend d’abord de la fiabilité juridique à des institutions, et un contentieux public sur l’identité du dirigeant légitime attaque directement cet argument. Le précédent de la liquidation volontaire annoncée par RealT à Detroit a montré à quelle vitesse la confiance se retire d’un actif adossé au monde réel.
À court terme, le risque porte sur les partenariats en cours de négociation. Une banque ou un gestionnaire d’actifs qui envisage d’utiliser USDY ou OUSG attendra la décision du Delaware avant de signer, simplement parce que la signature d’un dirigeant contesté est fragile.
À moyen terme, l’affaire pose une question de structure que la tokenisation n’avait pas traitée. Concentrer les droits de vote, la direction et le siège unique d’administrateur sur une seule personne crée un point de rupture total en cas de décès. Les investisseurs institutionnels regarderont désormais la gouvernance des émetteurs RWA d’aussi près que leurs réserves.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


