L’administration fiscale britannique a publié les premiers chiffres de son exercice 2024-25, le premier à comporter une case crypto dédiée sur la déclaration de revenus. Deux cent quarante contribuables ont déclaré chacun plus d’1 M£ de plus-values crypto, pour un total de 717 M£. Ils représentent moins de 2 % des 17 600 déclarants concernés, mais plus de la moitié des gains recensés. Sur la même période, le fisc a envoyé 81 000 lettres d’avertissement, soit un quart de plus que l’année précédente.
Pour résumer
- 240 contribuables déclarent chacun plus d’1 M£ de plus-values crypto, 717 M£ à eux seuls
- 17 600 déclarants au total, 13,8 Md£ de cessions et 1,38 Md£ de plus-values imposables
- 81 000 lettres d’avertissement envoyées, contre 65 000 l’année précédente
240 déclarants concentrent 717 M£ sur 1,38 Md£ de gains
La donnée n’existait pas jusqu’ici sous cette forme. L’exercice fiscal 2024-25 est le premier où la déclaration britannique comporte une rubrique spécifique aux cessions d’actifs numériques, ce qui permet enfin de mesurer la population concernée au lieu de l’estimer.
Les chiffres figurent dans la publication que le gouvernement britannique a consacrée à ces nouvelles données fiscales. Dix-sept mille six cents personnes ont déclaré des cessions imposables, pour 13,8 Md£ de produits de cession et 1,38 Md£ de plus-values nettes.
La concentration est le fait marquant de cette publication. Deux cent quarante contribuables ont franchi le million de livres de plus-values chacun, et pèsent 717 M£. Ils représentent moins de 2 % des déclarants pour plus de la moitié des gains.
La même concentration s’observe sur les produits de cession, et pas seulement sur les gains. Ces 240 contribuables pèsent également plus de la moitié des 13,8 Md£ de montants cédés, ce qui indique des positions de taille et non des gains exceptionnels réalisés sur de petits volumes.
Converti en dollars, l’ensemble donne un ordre de grandeur plus parlant pour qui suit le marché : 18,76 Md$ de cessions, 1,87 Md$ de plus-values, dont 974 M$ pour les seuls 240 déclarants du haut de tableau.
Le gain moyen sur l’ensemble de la population ressort à 78 000 £, soit environ 106 000 $. Cette moyenne est mécaniquement tirée vers le haut par les 240 déclarants du sommet, et elle ne décrit donc pas le profil du contribuable médian.
Le barème applicable aux plus-values crypto reste celui des plus-values classiques, à 18 % ou 24 % selon la tranche, au-delà d’un abattement annuel de 3 000 £. Le Royaume-Uni n’a pas créé de régime dérogatoire pour la crypto, il l’a rangée dans un cadre existant.
Cette philosophie du rattachement plutôt que de l’exception se retrouve dans les autres arbitrages britanniques du moment. Londres a repoussé à 2027 le traitement fiscal des opérations DeFi, faute d’avoir tranché comment qualifier des transactions qui n’ont pas d’équivalent dans le droit existant.
81 000 lettres d’avertissement partent en un an
Le second volet de la publication porte sur l’action de contrôle. Le fisc britannique a adressé 81 000 courriers à des contribuables qu’il soupçonne d’avoir sous-déclaré leurs gains sur actifs numériques.
Le volume était de 65 000 l’année précédente, ce qui représente une progression d’un quart en douze mois. Ces courriers ne constituent pas des redressements, ils invitent le destinataire à régulariser avant l’ouverture d’une procédure.
Le rapport entre les deux séries de chiffres est ce qui rend la publication intéressante. Dix-sept mille six cents personnes ont déclaré spontanément, contre 81 000 destinataires de lettres. L’administration estime donc que la population réellement imposable est plusieurs fois supérieure à celle qui se déclare.
Le Royaume-Uni n’agit pas isolément sur ce terrain. La Corée du Sud appliquera une taxe de 22 % à partir de 2027, après plusieurs reports successifs qui tenaient précisément à l’absence de données fiables sur l’assiette.
Pour un résident fiscal britannique, la conséquence pratique est immédiate. La case dédiée transforme une déclaration jusqu’ici déclarative en un point de contrôle identifiable, sur lequel un écart devient facile à repérer et coûteux à justifier a posteriori.
Un point de méthode mérite d’être posé sur ce que ces 81 000 courriers signifient. L’administration les envoie sur la base de recoupements avec les données que les plateformes lui fournissent déjà à sa demande, pas sur une transmission systématique. Le taux d’erreur d’un tel ciblage n’est pas public.
Recevoir un de ces courriers ne préjuge donc pas d’une sous-déclaration avérée. Un détenteur qui a cédé sous l’abattement de 3 000 £, ou qui a transféré des actifs entre ses propres portefeuilles sans réaliser de plus-value, peut apparaître dans un ciblage bâti sur des mouvements bruts.
La relation entre les détenteurs et le système bancaire britannique reste par ailleurs tendue sur d’autres aspects. Le Parlement a ouvert une enquête sur la fermeture de comptes visant des acteurs du secteur, un sujet distinct de la fiscalité mais qui touche la même population.
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Les plateformes livreront les données clients dès 2027
Le troisième élément de la publication est prospectif et change la nature de l’exercice. À partir de 2027, les plateformes d’échange devront transmettre automatiquement les données de leurs clients britanniques à l’administration fiscale.
Ce dispositif s’inscrit dans un cadre de déclaration élaboré à l’OCDE et repris par plusieurs juridictions. Le principe est celui de l’échange automatique déjà appliqué aux comptes bancaires étrangers, transposé aux intermédiaires crypto centralisés.
La bascule est structurelle. Jusqu’à 2027, le fisc travaille sur ce qu’on lui déclare et sur ce qu’il parvient à recouper. Après, il disposera d’un flux entrant qui rend la comparaison automatique entre les positions détenues sur plateforme et les montants portés sur la déclaration.
La limite du dispositif tient à son périmètre. Il vise les intermédiaires qui tiennent des comptes clients, c’est-à-dire les plateformes centralisées. Les échanges décentralisés, les transferts entre particuliers et l’auto-conservation restent hors du champ de la transmission automatique.
Cette asymétrie a déjà produit des effets observables en Europe. Dix millions d’Européens se sont retrouvés sans plateforme conforme à l’échéance MiCA de juillet, et une partie de ces utilisateurs a basculé vers des solutions non intermédiées plutôt que de changer de prestataire.
Le calendrier laisse dix-huit mois aux détenteurs concernés. C’est la fenêtre pendant laquelle une régularisation reste à l’initiative du contribuable, avant que l’écart devienne visible depuis les deux bouts de la chaîne.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


