MicroStrategy, rebaptisée Strategy depuis 2025, a cédé 6 948 bitcoins autour de 62 200 $ de moyenne pondérée entre juin et août, puis en a racheté 4 603 la semaine dernière à 80 318 $ l’unité. Son directeur général Phong Le assume l’opération et la présente comme le bon arbitrage au bon moment. L’entreprise détient désormais 845 050 BTC pour un prix de revient moyen de 75 412 $.
Pour résumer
- 6 948 BTC vendus à 62 200 $ de moyenne, 4 603 BTC rachetés à 80 318 $
- Dette nette ramenée de 7 Md$ à zéro pendant dix semaines de pause
- Bernstein reste à Outperform mais coupe son objectif de 450 $ à 350 $
Une vente à 62 200 $ pour payer les dividendes STRC
La séquence tient en deux mouvements. Entre juin et août, l’entreprise s’est délestée de 6 948 bitcoins dans une fourchette comprise entre 60 000 $ et 65 000 $, pour une moyenne pondérée d’environ 62 200 $. L’argent est allé au paiement des dividendes de l’action préférentielle STRC.
Ce n’est pas le premier passage par cette mécanique. Début août, la société avait déjà revendu 1 638 BTC pour honorer les mêmes dividendes préférentiels, dans un contexte de marché nettement moins porteur qu’aujourd’hui. La différence, cette fois, tient au volume cumulé et surtout à ce qui a suivi.
Du 24 au 30 août, l’entreprise a racheté 4 603 bitcoins pour 369,7 M$, soit un prix moyen de 80 318 $ par unité. L’écart avec le prix de sortie saute aux yeux. Racheter plus haut que l’on a vendu reste, sur le papier, l’inverse exact de ce que le marché récompense.
Phong Le tempère en rappelant l’échelle. Les 6 948 bitcoins cédés représentent moins de 1 % du stock total, une proportion qu’il qualifie de minuscule au regard des 845 050 BTC désormais inscrits au bilan. Le prix d’achat agrégé de cette réserve atteint 63,73 Md$, pour une valeur de marché proche de 65 Md$ aux cours actuels.
Les avoirs ont progressé d’environ 30 % depuis le début de l’année, dilution des ventes comprise. La trésorerie totale de MicroStrategy s’établit autour de 72 Md$ d’actifs, dont à peu près 7 Md$ de liquidités en dollars.
Le calendrier a son importance. La cession s’est étalée sur trois mois pendant lesquels le bitcoin est resté coincé sous ses sommets, alors que le rachat s’est concentré sur une semaine de fin août marquée par un rebond. Vendre lentement dans un marché plat et racheter vite dans un marché qui remonte produit mécaniquement un écart de prix défavorable.
Le coût du capital a remplacé le prix du bitcoin dans l’équation
L’explication avancée par le dirigeant déplace complètement le terrain du débat. Il explique que les décisions ne se prennent pas en fonction du cours du bitcoin, mais du coût auquel l’entreprise lève du capital et du rendement qu’elle attend de son déploiement.
Ce raisonnement éclaire les dix semaines de pause qui ont séparé les deux opérations. Pendant cette période, l’entreprise a ramené sa dette nette d’environ 7 Md$ à zéro et constitué un matelas de liquidités du même ordre. Un bilan assaini rend l’émission d’actions MSTR moins coûteuse, et ce sont précisément ces émissions qui ont financé le rachat d’août.
Le détail du rachat figure dans le formulaire 8-K déposé auprès de la SEC le 31 août, qui confirme que le produit des ventes d’actions a servi à acquérir les 4 603 bitcoins. Vendre du titre avec une prime pour acheter de l’actif sous-jacent reste la mécanique centrale du modèle.
Le dirigeant décrit désormais l’entreprise comme une société de gestion de capital à double sens, qui achète et vend du bitcoin, des actions et des titres préférentiels selon les fenêtres de marché. La formule enterre définitivement la doctrine d’accumulation permanente, un virage que Michael Saylor avait amorcé en mai en renonçant publiquement au principe du never sell.
Reste que la lecture change selon l’horizon retenu. Sur douze mois, un aller-retour à 18 000 $ d’écart par unité coûte cher en valeur absolue. Sur la durée de vie du bilan, l’accès permanent à du capital bon marché pèse davantage que le point d’entrée d’un lot ponctuel.
Cette grille de lecture a une conséquence directe pour qui suit le titre. Le prix moyen de revient de 75 412 $ devient un repère secondaire, puisqu’il mélange des lots achetés dans des conditions de financement totalement différentes. Ce qui compte davantage, c’est l’écart entre la valorisation boursière de MicroStrategy et la valeur de marché de sa réserve, puisque c’est cet écart qui détermine si une nouvelle émission d’actions crée ou détruit de la valeur par bitcoin détenu.
Le schéma n’a du reste rien d’inédit dans l’histoire récente de l’entreprise. Il s’était déjà produit en juin, quand elle avait racheté 1 550 bitcoins juste après une première cession de 32 unités, sur une fenêtre encore plus resserrée. Un précédent plus lourd remonte à juillet, avec une vente de 216 M$ de bitcoin destinée elle aussi aux dividendes. Trois épisodes en quatre mois dessinent une routine de financement, pas une réaction ponctuelle à un accident de marché.
À voir également sur Cryptonomic :
- X croule sous les mails de réinitialisation de comptes
- XRP retombe à 1,36 $ après un pic à 1,70 $
- Crypto.com coupe sa blockchain après un vol de 75 M$
Bernstein coupe son objectif à 350 $ pendant que MSTR perd 6,1 %
Le marché n’a pas validé l’explication dans l’immédiat. L’action MSTR a clôturé le 1er septembre à 124,88 $, en repli de 6,1 % sur la séance, pendant que le bitcoin évoluait autour de 77 000 $ avec une baisse de 1,1 % sur vingt-quatre heures.
Bernstein maintient sa recommandation à Outperform mais abaisse son objectif de cours de 450 $ à 350 $, tout en conservant une prévision de 150 000 $ pour le bitcoin à la mi-2027. La coupe porte donc sur la prime accordée au véhicule, pas sur la thèse relative à l’actif lui-même.
La distinction mérite d’être posée clairement. Un investisseur qui croit au bitcoin à 150 000 $ n’a pas automatiquement intérêt à passer par MicroStrategy pour s’y exposer, puisqu’il achète en plus un bilan, une dette préférentielle et une politique d’émission qu’il ne contrôle pas. La prime paie ce risque supplémentaire, et elle se contracte dès que la gestion devient moins lisible.
Phong Le écarte l’hypothèse de nouvelles cessions à court terme. Il dit anticiper un marché haussier soutenu et se projette en acheteur à 80 000 $, puis à 90 000 $ et 100 000 $, jusqu’à 130 000 $ en cas de nouveau plus haut historique. Il évoque même un scénario à 260 000 $ qui rendrait ces achats rétrospectivement attractifs.
La contrainte structurelle demeure ailleurs. Tant que les dividendes préférentiels doivent être servis en numéraire, la trésorerie bitcoin reste une variable d’ajustement mobilisable, quel que soit le discours. Et la pression institutionnelle s’ajoute au tableau depuis que MSCI a engagé une procédure d’exclusion du titre de ses indices.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


