Movement Labs a déposé son bilan sous le régime du Chapter 11 le 21 juillet 2026, un an et demi après le lancement raté de son token. Le dossier révèle moins de 500 000 $ d’actifs face à un passif supérieur à un million de dollars. La plus grosse créance non garantie appartient au cofondateur évincé, Rushi Manche. La procédure referme l’un des scandales de market making les plus commentés du dernier cycle.
Pour résumer
- Movement Labs se place en faillite Chapter 11, avec des actifs sous 500 000 $ et un passif au-dessus d’un million de dollars.
- La créance principale, plus de 1,6 M$, revient à Rushi Manche, le cofondateur écarté en 2025.
- L’affaire prend racine dans la vente de 66 millions de MOVE qui avait déclenché un selloff de 38 M$ dès le lancement.
Un bilan à moins de 500 000 $ pour un passif à sept chiffres
La demande a été déposée le 21 juillet 2026 dans le Delaware, sous le régime du Chapter 11 américain. Le document liste moins de 1 000 créanciers, un actif compris entre 100 000 $ et 500 000 $, et un passif chiffré au-delà du million de dollars. Pour un projet qui affichait encore une valorisation à neuf chiffres au sommet du dernier cycle, l’écart donne la mesure de l’effondrement.
La plus grosse créance non garantie appartient au cofondateur Rushi Manche, pour un montant supérieur à 1,6 M$. Figurent aussi au tableau la Delaware Division of Revenue et le dépositaire Anchorage Digital. Fait notable, Manche a conservé une participation de 34,25 % au capital de la société après son départ, ce qui le place à la fois parmi les créanciers et parmi les actionnaires du navire qui coule.
Le Chapter 11 organise une réorganisation plutôt qu’une liquidation sèche. Sur le papier, la structure peut tenter de restructurer sa dette et de repartir. Dans les faits, quand le token qui portait toute la thèse d’investissement a déjà perdu l’essentiel de sa valeur, la marge de manœuvre est mince, dans un marché où d’autres altcoins majeurs ont eux aussi lourdement décroché. La faillite ressemble davantage à un acte de décès administratif qu’à une pause avant rebond.
Movement n’est pas un cas isolé dans ce cycle. La liste des équipes qui rangent boutique faute de revenus durables s’allonge, et chaque dépôt de bilan rappelle que la trésorerie compte plus que la promesse technique. Le marché a fini par trier les projets sur leur capacité à générer autre chose que du narratif.
66 millions de MOVE vendus en un jour, la faille d’origine
Tout part de décembre 2024. Le token MOVE fait ses débuts, et dès le lendemain un accord de market making confie à un intermédiaire obscur le contrôle de 66 millions de jetons. La vente qui suit déclenche un selloff de 38 M$ et casse le cours à peine né. Ce qui devait fluidifier le marché a servi à le vider.
L’enquête qui démarre au printemps 2025 met au jour une chaîne d’intermédiaires, dont la société Rentech et le market maker chinois Web3Port. Movement Labs affirme avoir été trompée sur la nature réelle de l’accord, qui donnait à un tiers une main quasi totale sur une part énorme de l’offre en circulation. Le doute s’installe alors sur la gouvernance interne du projet.
La suite s’enchaîne vite. Au printemps 2025, Rushi Manche et Movement Labs se séparent, Binance bannit le compte de market making incriminé, et la fondation lance un programme de rachat de tokens pour tenter de stabiliser l’écosystème. Aucune de ces mesures ne rend au MOVE la confiance perdue, un sort partagé par d’autres jetons qui n’ont jamais rebondi après une chute brutale.
Ce schéma n’a rien d’inédit. Un autre jeton avait connu une trajectoire voisine quand un token adossé à un protocole ambitieux s’est effondré après une faille, laissant les détenteurs face à des pertes sèches. Dans les deux cas, la mécanique de distribution a précédé la chute, et le retail a payé l’addition en dernier.
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Ce que la faillite de Movement dit du risque des jeunes L2
En juin 2026, le développement technique avait basculé vers Move Industries, dirigée par Torab Torabi, avec un pivot affiché vers les paiements en stablecoin et une Layer 1 souveraine tournée vers les marchés émergents. Cette entité précise qu’elle n’est pas partie à la faillite de Movement Labs. La marque survit donc en théorie, mais coupée de la structure qui portait la dette.
À court terme, les détenteurs de MOVE encaissent le coup. Un token dont l’émetteur historique dépose le bilan perd son principal soutien de communication et de développement, et la liquidité tend à s’assécher un peu plus à chaque annonce. Le rachat mené par la fondation ne pèse pas lourd face à un dossier de faillite ouvert.
À moyen terme, l’épisode va peser sur la façon dont le marché regarde les jeunes Layer 2. Les accords de market making opaques, longtemps traités comme un détail technique, deviennent un point de contrôle scruté par les investisseurs avant toute entrée. La transparence sur qui détient quoi, et à quelles conditions, se transforme en critère de survie.
Le paradoxe, c’est que le secteur ne manque pas d’argent. Les applications crypto ont encore encaissé des frais record malgré la baisse du marché, preuve que l’usage réel existe. La faillite de Movement rappelle simplement que l’usage ne se décrète pas depuis un whitepaper, il se construit avant de lancer le token, pas après.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


