Le Trésor américain a placé jeudi l’exchange iranien BitBank sur sa liste de sanctions, en l’accusant d’avoir fait transiter des centaines de millions de dollars en bitcoins vers les Gardiens de la révolution. La plateforme servait aussi à encaisser les paiements de Hormuz Safe, le service qui facture le passage des pétroliers dans le détroit d’Ormuz. Son développeur et trois proches du financier Babak Zanjani sont visés par la même décision.
Pour résumer
- L’OFAC sanctionne BitBank, son développeur et trois associés de Babak Zanjani.
- Des centaines de millions de dollars en bitcoins auraient rejoint les Gardiens de la révolution en juin et juillet.
- Hormuz Safe utilisait BitBank depuis juin pour faire remonter ses frais de passage vers le régime.
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ChatGPTLe Trésor américain vise BitBank et le réseau de Babak Zanjani
L’Office of Foreign Assets Control, le service du Trésor américain chargé des sanctions, a désigné jeudi 17 septembre la plateforme BitBank. Cet exchange crypto iranien a été créé en 2024. La décision vise aussi son développeur, la société Pishtaz Simorgh Electronic Trade Company. Elle n’a aucun lien avec le japonais bitbank, inc., qui porte un nom presque identique.
Trois personnes complètent la liste : Hossein Ali Zaker Hossein, Mohammad Mahdi Zaker Hossein et Seyed Adel Heidari. Toutes sont présentées comme des associés de Babak Zanjani, un financier iranien déjà sanctionné par Washington. Le détail des accusations figure dans le communiqué du Trésor américain consacré à l’infrastructure crypto de l’Iran, publié dans le cadre de l’opération baptisée Economic Outcast.
Le cœur du dossier tient sur une période courte. Entre juin et juillet 2026, Babak Zanjani aurait utilisé BitBank pour transférer des centaines de millions de dollars en bitcoins au Corps des gardiens de la révolution islamique. Le Trésor américain n’avance pas de montant plus précis. Le corps militaire est classé organisation terroriste par les États-Unis comme par l’Union européenne.
Scott Bessent, secrétaire au Trésor, assume une ligne sans nuance : les tentatives de financer le régime iranien avec des cryptomonnaies ne sont « pas hors de portée de l’OFAC ». La désignation repose sur le décret présidentiel 13902 et prolonge la décision de fin août qui a fait de la crypto iranienne un secteur sanctionnable. Un peu plus de trois semaines après ce changement de cadre, un exchange nommé tombe à son tour.
Hormuz Safe, le péage d’Ormuz encaissé en bitcoins
Hormuz Safe Marine Services Authority, déjà sanctionnée par Washington, compte parmi les utilisateurs de BitBank. Depuis juin 2026, ce service passe par la plateforme pour faire remonter ses paiements vers le régime iranien. Les pétroliers qui veulent franchir le détroit d’Ormuz avec une garantie de « passage sûr » paient entre 1 et 2 M$ par navire.
Le dispositif est connu des lecteurs de Cryptonomic. En mai, l’Iran lançait Hormuz Safe comme une assurance maritime payée en bitcoins, avec un tarif annoncé jusqu’à 2 millions par navire. Le Trésor américain décrit désormais le circuit qui transformait ces primes en ressources pour les Gardiens de la révolution.
Le montage de départ avait été détaillé dès son lancement dans le décryptage vidéo de cette assurance maritime iranienne réglée en bitcoin. Quatre mois plus tard, le point d’encaissement a un nom, un développeur et une adresse à Téhéran.
Le détroit reste l’un des principaux points de tension du marché pétrolier. En juillet, les frappes américaines en Iran avaient fait bondir le Brent vers 74 $ et reculer Bitcoin. Avec BitBank, le Trésor américain remonte jusqu’au guichet qui convertissait les frais de passage en bitcoins.
Le communiqué reste en revanche muet sur un point. Il ne chiffre pas les sommes encaissées par Hormuz Safe via BitBank depuis juin, et ne précise pas combien de navires ont payé le passage. Le seul ordre de grandeur publié concerne les transferts attribués à Babak Zanjani, évalués à des centaines de millions de dollars en bitcoins sur deux mois.
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Après BitBank, les exchanges iraniens restent dans le viseur
À court terme, les effets sont mécaniques. Tous les avoirs des entités visées sous juridiction américaine sont gelés, et il est interdit à toute personne américaine de traiter avec elles. Surtout, une institution financière étrangère qui faciliterait sciemment des opérations importantes avec BitBank s’expose à son tour à des sanctions, avec à la clé une possible exclusion du système financier américain. Une banque ou un exchange hors des États-Unis a désormais une raison concrète de couper tout contact avec la plateforme.
La désignation présente toutefois une particularité. Contrairement aux précédentes sanctions visant des acteurs crypto, elle ne comporte aucune adresse de portefeuille. Les autorités américaines savent pourtant viser des fonds précis : le 10 septembre, la justice américaine gelait 52 M$ sur une place de marché Telegram.
BitBank rejoint une liste déjà longue. Nobitex a été sanctionné en juin, Shelbit et Aban Tether en août, et Wallex, Bitpin et Ramzinex figurent aussi parmi les plateformes iraniennes visées. En juillet, les États-Unis avaient par ailleurs gelé plus de 130 M$ d’USDT liés à l’Iran. La campagne Economic Fury a démarré en juin, l’opération Economic Outcast le 24 août.
Le cadre posé fin août éclaire cette accélération. En désignant la crypto iranienne comme secteur sanctionnable, le Trésor américain avait alors visé près de 60 entités, pour environ 1 Md$ de fonds déjà saisis. BitBank s’y ajoute avec un lien direct, établi par le Trésor américain, avec le péage d’Ormuz.
À moyen terme, le rythme compte davantage que chaque nom pris isolément. Le Trésor américain a désormais un cadre juridique qui lui permet d’enchaîner les désignations dans le secteur crypto iranien, et il s’en sert à cadence rapprochée. Tant que le passage d’Ormuz reste facturé et que les montants se comptent en millions de dollars par navire, la question du prochain canal de paiement reste ouverte.
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