Le Département de la Justice et la CFTC ont inculpé le 28 mai 2026 Michele Spagnuolo, ingénieur logiciel chez Google, pour fraude sur matières premières, fraude électronique et blanchiment d’argent. Opérant sous le pseudo « AlphaRaccoon », il aurait parié 2,7 millions de dollars sur Polymarket en exploitant des données internes de Google sur les personnalités les plus recherchées en 2025, pour en tirer 1,2 million de profit. Il encourt une peine maximale de 50 ans de prison.
Pour résumer
- Ingénieur Google inculpé pour avoir utilisé des données internes pour parier sur Polymarket
- 2,7 millions de dollars de mises, 1,2 million de profit, 25 paris concernés
- Charges : fraude sur matières premières, fraude électronique, blanchiment, peine max 50 ans
AlphaRaccoon, ou comment un accès interne devient une arme de trading
Le compte « AlphaRaccoon » a attiré l’attention des communautés Discord et X bien avant l’intervention des autorités. Son taux de réussite anormalement élevé sur des marchés de prédiction liés aux données de popularité en ligne avait alimenté des spéculations publiques sur l’identité d’un éventuel insider de grande tech. Les procureurs affirment que ces intuitions étaient fondées.
Selon l’acte d’accusation, Michele Spagnuolo aurait utilisé son accès aux systèmes internes de Google pour consulter des données sur les personnalités les plus recherchées en 2025, puis misé sur des marchés de prédiction Polymarket corrélés à ces informations. Sur 25 paris engagés pour un total de 2,7 millions de dollars, il aurait dégagé 1,2 million de profit.
Une fois les soupçons communautaires formulés publiquement, le compte a modifié son nom d’utilisateur pour adopter une adresse de portefeuille. Les fonds auraient ensuite transité par des services de swap décentralisés et des outils de transfert axés sur la confidentialité, dans ce qui ressemble à une tentative délibérée de brouiller les pistes.
Jay Clayton, procureur fédéral du district sud de Manhattan, a formulé la position des autorités en ces termes : les charges « réaffirment un message vieux de plusieurs décennies : les initiés d’entreprise ne peuvent pas utiliser des informations confidentielles pour en tirer profit sur nos marchés. »
La CFTC entre dans l’arène des marchés prédictifs
Ce dossier n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une séquence d’actions réglementaires sur les marchés de prédiction initiée en mai 2026, avec le lancement par le Congrès d’une enquête visant à la fois Polymarket et Kalshi sur la question du trading d’initiés. L’affaire Spagnuolo est la première à déboucher sur des inculpations pénales concrètes.
La présence de la CFTC dans ce dossier aux côtés du Département de la Justice est significative. Elle confirme que les marchés de prédiction en crypto sont désormais traités comme des marchés de matières premières réglementés dans le cadre américain, un positionnement que Polymarket avait contesté dans d’autres contexts réglementaires.
Pour les plateformes elles-mêmes, cet épisode crée une pression inédite. Polymarket opère de façon décentralisée, sans KYC systématique, avec des flux de liquidités permissifs. Relier une adresse de portefeuille à une identité réelle reste difficile en théorie. En pratique, les enquêteurs ont visiblement réussi à retracer le parcours des fonds malgré les tentatives d’obfuscation via les swaps et les outils de confidentialité.
La charge de blanchiment d’argent est particulièrement lourde de sens. Elle signale que l’utilisation de services décentralisés pour brouiller l’origine de fonds issus d’une infraction est elle-même constitutive d’une infraction, indépendamment de la technologie employée.
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Ce que ça change pour les utilisateurs de marchés de prédiction
Pour l’investisseur crypto qui utilise Polymarket ou des plateformes comparables, le message est double. D’un côté, les autorités disposent désormais des outils et de la volonté pour poursuivre les infractions commises sur des plateformes décentralisées. L’anonymat offert par les adresses de portefeuilles n’est pas une protection absolue face à une enquête coordonnée DoJ-CFTC.
De l’autre, la nature même de ces marchés les rend vulnérables à l’asymétrie d’information. Polymarket repose sur le principe que l’agrégation des paris reflète la sagesse collective. Si des participants disposent d’informations non publiques, cette logique s’effondre et le marché devient un outil d’extraction plutôt qu’un mécanisme de découverte de prix.
À court terme, on peut anticiper un durcissement des procédures KYC sur les plateformes cherchant à éviter d’être associées à ce type de dossier. Kalshi, qui opère déjà sous supervision directe de la CFTC, est en meilleure posture. Polymarket, en revanche, devra probablement composer avec une pression réglementaire accrue aux États-Unis.
À moyen terme, l’affaire Spagnuolo pourrait accélérer la mise en place d’un cadre légal spécifique aux marchés de prédiction, un secteur qui a explosé en volume depuis 2024 sans avoir fait l’objet d’une réglementation dédiée. Ce vide législatif est exactement ce que cette affaire met en lumière.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


