Binance a confirmé mercredi qu’elle n’obtiendrait pas son agrément MiCA avant la deadline du 30 juin 2026. À compter du 1er juillet, Binance France cessera d’accueillir de nouveaux utilisateurs et restreindra progressivement ses services pour les clients existants. La plateforme, qui mobilise environ 1 500 employés sur ses sujets de conformité, affirme ne pas quitter l’Europe et explore des voies d’autorisation auprès d’autres régulateurs nationaux. Les utilisateurs déjà enregistrés conservent la possibilité de retirer leurs actifs et de réduire leurs positions.
Pour résumer
- Binance France n’aura pas son agrément MiCA au 30 juin 2026
- À partir du 1er juillet, plus aucune inscription nouvelle, services en restriction progressive
- Les retraits et la réduction de positions restent ouverts pour les comptes existants
Une procédure MiCA bloquée à dix jours de la deadline
Le règlement MiCA est entré en application complète pour les prestataires de services crypto le 30 décembre 2024, avec une période de grâce de dix-huit mois pour les acteurs déjà actifs en Europe. Ce sursis expire le 30 juin 2026. À cette date, toute plateforme n’ayant pas obtenu son agrément doit cesser d’accueillir de nouveaux clients sur le territoire de l’Union, et restreindre progressivement ses services existants.
Binance se trouvait depuis plusieurs mois en discussion avec l’AMF pour finaliser son dossier français. La plateforme avait choisi la France comme hub européen prioritaire après avoir quitté plusieurs juridictions hostiles. Mais la complexité du dossier, qui inclut des engagements sur la lutte anti-blanchiment, la gouvernance et la séparation des fonds clients, n’a pas pu être bouclée dans les temps.
Le communiqué publié mercredi par Binance France ne donne pas de calendrier précis pour l’obtention de l’agrément. La direction insiste sur le fait que le travail continue avec les régulateurs, mais reconnaît implicitement que la deadline du 30 juin ne sera pas tenue. Cette annonce intervient dans un contexte européen où la pression réglementaire monte d’un cran chaque trimestre, avec la BCE qui durcit régulièrement ses positions sur les exchanges centralisés.
L’exchange affirme mobiliser environ 1 500 employés dédiés à la conformité dans le monde. Ce chiffre, mis en avant pour rassurer sur le sérieux de la démarche, ne change rien à la réalité du calendrier réglementaire. Un dossier MiCA prend en moyenne plusieurs mois à instruire après dépôt complet, et l’AMF n’a pas indiqué de délai accéléré pour Binance.
Ce qui change pour les utilisateurs français au 1er juillet
À partir du 1er juillet 2026, Binance France ne pourra plus accepter de nouvelles inscriptions. Toute personne souhaitant ouvrir un compte sur la plateforme depuis la France verra sa demande bloquée. Les utilisateurs existants conservent leurs comptes, mais avec des restrictions qui vont se mettre en place de manière progressive sur les semaines qui suivent.
Les retraits restent garantis. Aucun client n’est censé voir ses actifs bloqués, et la plateforme communique sur la possibilité de transférer ses fonds vers d’autres exchanges ou portefeuilles personnels sans contrainte. La réduction des positions ouvertes reste également autorisée, ce qui permet aux traders actifs de solder leurs trades sans précipitation.
En revanche, l’ouverture de nouveaux trades, l’accès aux produits dérivés et aux services de staking risquent d’être désactivés au fil des semaines. Binance n’a pas publié de calendrier détaillé service par service, ce qui crée une zone d’incertitude pour les utilisateurs actifs qui doivent décider rapidement où migrer leurs activités. Le vote récent du Parlement européen sur l’euro numérique illustre la trajectoire prise par l’UE en matière de monnaies et services financiers numériques, avec une volonté affichée de contrôle institutionnel renforcé.
Les alternatives crypto régulées en France restent limitées. Coinbase, Kraken et Bitstamp ont obtenu ou sont en cours d’obtention de leur agrément MiCA dans des juridictions partenaires de l’UE, ce qui leur permet d’opérer en France par passporting. Les utilisateurs Binance France qui souhaitent rester sur une plateforme conforme MiCA devront donc choisir parmi ces concurrents.
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Binance promet de rester en Europe via d’autres voies
Le slogan « We are not leaving Europe » a structuré toute la communication de mercredi. Binance affirme rester engagé sur le marché européen et explore plusieurs pistes d’autorisation alternative. La première consiste à obtenir un agrément MiCA via un autre régulateur national, par exemple Malte, l’Allemagne ou le Luxembourg, puis à passporter le service vers la France.
Cette voie pose plusieurs problèmes. Les régulateurs européens se sont coordonnés depuis 2025 pour éviter le forum shopping, c’est-à-dire le choix d’une juridiction réputée plus souple pour obtenir un agrément destiné à être utilisé partout. L’ESMA peut bloquer un passporting si elle estime que le régulateur émetteur a sous-évalué les risques. Binance devra donc convaincre une autorité nationale d’accepter son dossier sans déclencher d’objection au niveau européen.
La seconde piste évoquée par la plateforme consiste à séparer ses activités françaises sous une entité dédiée et à recommencer une procédure d’enregistrement complète. Cette option, plus longue, repousse encore davantage la date de réouverture aux nouveaux utilisateurs français. La fragmentation réglementaire entre l’Europe et les États-Unis, où le Sénat vient de bloquer le dollar numérique jusqu’en 2030, place les grands exchanges face à des arbitrages stratégiques de plus en plus coûteux.
Pour les concurrents directs de Binance France, cette mise à l’écart partielle représente une fenêtre d’opportunité immédiate. Les volumes de trading français pourraient migrer vers les plateformes conformes dès juillet, avec un effet d’entraînement qui sera difficile à inverser une fois les utilisateurs installés ailleurs.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.

