Euro numérique : le Parlement EU vote pour, lancement 2029

Euro numérique

Le Parlement européen vient de donner son feu vert à l’euro numérique. Le 23 juin 2026, la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) a adopté sa position par 43 voix pour, 14 contre et 1 abstention. Le mandat ouvre immédiatement les trilogues avec les États membres, avec une mise en service prévue en 2029.

Pour résumer

  • Vote ECON 43/14/1, trilogues immédiats avec les 27 États membres.
  • Plafond individuel de détention encadré par la Commission, révisable tous les deux ans.
  • Coût pour la BCE estimé à 1,3 Md€ jusqu’au lancement, puis 320 M€ par an.

Un vote technique qui débloque trois ans de blocage

Le projet d’euro numérique traînait depuis trois ans entre la BCE, le Parlement et les banques commerciales. Le vote du 23 juin met fin à ce statu quo. La commission ECON a non seulement validé le cadre légal, elle a aussi mandaté immédiatement le démarrage des négociations en trilogue avec les États membres.

La rapporteure du texte rappelle que l’euro numérique complétera l’argent liquide sans jamais le remplacer. C’est la ligne de défense politique qui a permis de débloquer le vote. Sans cette garantie explicite, plusieurs groupes parlementaires auraient refusé de soutenir le projet.

La prochaine étape se joue en juillet, en séance plénière à Strasbourg. Le Parlement formalisera alors la position de la commission. Les négociations avec les 27 États membres pourront alors commencer pour aboutir, espère le Parlement, à un accord final avant la fin de l’année.

Le calendrier opérationnel suit dans la foulée. Une phase pilote démarrera en 2027 avec un nombre restreint de commerçants et de prestataires de paiement. Le lancement grand public est ciblé pour 2029, avec deux versions distinctes (en ligne et hors ligne) disponibles dès le premier jour.


Euro numérique

Ce que change concrètement l’euro numérique pour les utilisateurs

Les versions en ligne et hors ligne ne fonctionnent pas pareil. La version en ligne repose sur un système de comptes. La version hors ligne stocke les fonds directement sur l’appareil de l’utilisateur, ce qui autorise des transferts de téléphone à téléphone sans connexion internet. C’est cette brique offline qui distingue le projet européen de la plupart des autres CBDC en développement.

La confidentialité repose sur les preuves à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proofs). Concrètement, la BCE ne peut pas accéder aux données d’identification des utilisateurs lors des transactions. Cette architecture répond aux critiques sur la surveillance financière qui avaient bloqué le projet plus tôt dans le processus.

Les services basiques (ouverture de compte, détention de fonds, paiements courants) seront gratuits aussi bien pour les particuliers que pour les commerçants. La Commission européenne tranchera le plafond individuel de détention, sur recommandation de la BCE, avec une révision prévue tous les deux ans. Ce paramètre est crucial parce qu’il conditionne directement le risque de fuite massive des dépôts bancaires.

Les banques commerciales ont d’ailleurs obtenu ce plafond strict justement pour cette raison. Une étude citée pendant les débats projetait une fuite potentielle de 739 milliards d’euros de dépôts à travers l’Europe avec un plafond fixé à 3 000 €. Le chiffre exact sera donc politiquement sensible quand la BCE émettra sa recommandation. Comme dans le cas de la décision MiCA sur Binance attendue fin juin, la BCE devient l’arbitre central des arbitrages entre crypto et finance traditionnelle européenne.


À voir également sur Cryptonomic :


Un projet géopolitique, pas seulement monétaire

L’objectif affiché par la BCE va bien au-delà de la modernisation des paiements. Selon les données de la BCE, Visa et Mastercard concentrent 61% des paiements par carte dans la zone euro, et la quasi-totalité des transactions transfrontalières par carte. L’euro numérique vise explicitement à réduire cette dépendance vis-à-vis d’infrastructures américaines.

La dimension géopolitique se renforce avec le timing. Le même jour où le Parlement européen a voté, le Sénat américain a adopté son texte interdisant à la Réserve fédérale de créer une CBDC pendant quatre ans. Les deux blocs partent désormais sur des trajectoires opposées en matière de monnaie numérique de banque centrale.

Le projet doit aussi composer avec la concurrence privée européenne. Wero, le service de paiement européen, revendique déjà 43 millions d’utilisateurs. Cette concurrence interne sera un point d’attention dans les trilogues à venir. Les États membres ne voudront pas que le déploiement de l’euro numérique étouffe une initiative privée qui commence à prendre.

Pour les acteurs crypto, le vote pose deux questions. La première porte sur la coexistence des stablecoins privés (USDC, USDT) avec un euro numérique réglementé. La seconde concerne l’usage final : un euro numérique avec plafond bas (3 000 €) ne menace pas les stablecoins sur les gros montants, mais peut capter une part significative des paiements quotidiens. Le réglage du plafond devient donc un point d’observation majeur pour le secteur dans les deux ans à venir.

Affaire à suivre sur Cryptonomic.

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *