Tether a publié son attestation du deuxième trimestre 2026 le vendredi 31 juillet, validée par le cabinet BDO. L’émetteur d’USDT y affiche 1,5 Md$ de profit opérationnel net, tiré des rendements de ses bons du Trésor américain. Mais son excédent de réserve tombe à 4,11 Md$, contre 8,23 Md$ trois mois plus tôt. Le matelas de sécurité qui protège la parité de l’USDT a donc fondu de moitié en un trimestre.
Pour résumer
- 1,5 Md$ de profit opérationnel au T2, porté par les intérêts sur les bons du Trésor US.
- Excédent de réserve divisé par deux, de 8,23 Md$ à 4,11 Md$ en un trimestre.
- 184,6 Md$ d’USDT en circulation, adossés à 187,75 Md$ d’actifs.
1,5 Md$ de profit et un excédent divisé par deux
Les deux chiffres racontent des histoires opposées. D’un côté, Tether encaisse 1,5 Md$ de profit opérationnel sur le trimestre, une machine à cash alimentée par les intérêts de son portefeuille obligataire souverain. De l’autre, son coussin de fonds propres se réduit nettement, ce qui compte davantage pour évaluer la solidité d’un stablecoin.
L’attestation chiffre 187,75 Md$ d’actifs de réserve face à 183,64 Md$ de passifs. La différence, l’excédent qui sert d’amortisseur en cas de choc, ressort à 4,11 Md$. Trois mois plus tôt, ce même surplus dépassait 8,23 Md$. Plus de 4 Md$ de coussin ont donc disparu, alors même que l’USDT en circulation a progressé de 446 M$ pour atteindre 184,6 Md$.
Le détail complet figure dans l’attestation trimestrielle publiée sur sa page transparence. La lecture est double. Tether reste très largement sur-collatéralisé, chaque USDT étant couvert et au-delà. Mais la marge au-dessus de la parité rétrécit, et c’est cette marge qui absorbe la volatilité des actifs les plus mouvants du bilan.
Le contexte n’est pas neutre. Tether pèse désormais plus lourd que bien des acteurs de la finance traditionnelle, au point d’avoir dépassé la capitalisation d’Ether autour de 186 Md$. À cette échelle, la moindre variation de la composition de réserve se compte en milliards, et chaque trimestre devient un test de crédibilité pour l’ensemble du marché des stablecoins.
Ce qui a rogné le surplus de réserve d’USDT
La contraction ne vient pas d’une fuite des détenteurs, puisque l’USDT en circulation a au contraire augmenté. Elle vient de la valorisation des actifs les moins stables de la réserve. Tether ne s’appuie pas uniquement sur des bons du Trésor : il détient aussi de l’or et du bitcoin, deux lignes dont le prix a reculé sur le trimestre.
La valeur de la poche or est retombée à 18,84 Md$, contre 19,84 Md$ au trimestre précédent, malgré l’ajout de nouvelles tonnes. La poche bitcoin a suivi le même chemin, à 5,80 Md$ contre 6,62 Md$. Quand ces réserves perdent de la valeur pendant que les passifs en USDT grimpent, l’écart de sécurité se comprime mécaniquement.
C’est le revers d’un choix de diversification revendiqué. Adosser une partie de la réserve à l’or et au bitcoin protège contre le risque dollar et gonfle les profits en marché haussier. La même diversification transforme la réserve en position exposée aux marchés dès que ces actifs baissent. Le trimestre en offre l’illustration à l’échelle du bilan.
Cette dynamique arrive au moment où le cadre réglementaire se resserre sur la nature exacte des réserves autorisées. Aux États-Unis, l’échéance du GENIUS Act sur les stablecoins pousse les émetteurs vers des actifs plus liquides et plus lisibles. Un profil de réserve chargé en or et en bitcoin devient plus difficile à défendre à mesure que la loi précise ce qu’un stablecoin adossé au dollar doit détenir.
À voir également sur Cryptonomic :
- Une faille Coldcard laisse filer 70 M$ en bitcoins
- Coinbase déçoit au T2, l’action chute de 5%
- Taxe crypto : la Corée du Sud impose 22% en 2027
De l’or au bitcoin, la composition qui change
Malgré la baisse de valorisation, Tether a continué d’accumuler. L’émetteur a ajouté 14 tonnes d’or sur le trimestre, portant sa poche à environ 146,2 tonnes. Il a aussi renforcé sa ligne bitcoin de 1 796 unités, pour un total de 98 933 BTC. La stratégie de fond ne change donc pas, elle se poursuit même en marché baissier.
Ce comportement dit quelque chose du pari de l’entreprise. Acheter de l’or et du bitcoin quand les prix reculent, c’est jouer le rebond à moyen terme plutôt que la stabilité comptable à court terme. Pour un émetteur de stablecoin, l’arbitrage est inconfortable, entre maximiser le rendement de la réserve et garantir sa lisibilité pour les détenteurs et les régulateurs.
À court terme, l’USDT ne montre aucun signe de tension sur sa parité, et l’ampleur du profit rassure sur la capacité de Tether à reconstituer son surplus. La question porte sur la trajectoire. Si l’or et le bitcoin repartent à la hausse, l’excédent se regonfle vite. S’ils stagnent, le coussin reste mince au regard d’un passif de 184,6 Md$.
Le mouvement dépasse le seul cas Tether. Les stablecoins s’installent dans des usages concrets, du paiement transfrontalier à la logistique, comme le montre l’adoption du JPYC par des chauffeurs et logisticiens japonais. Plus ces jetons deviennent une brique de l’économie réelle, plus la composition de leurs réserves cesse d’être un sujet d’initiés pour devenir une question de stabilité financière.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


