Le fondateur de Tron Justin Sun a déposé le 22 avril une plainte fédérale en Californie contre World Liberty Financial, le projet crypto adossé à la famille Trump. Sun, qui a investi 75 millions de dollars dans WLFI, accuse l’équipe d’avoir gelé ses tokens sans justification, révoqué ses droits de vote et menacé de brûler définitivement ses actifs. La réponse de WLFI ne s’est pas fait attendre : « À bientôt en cour. »
Pour résumer
- Justin Sun a investi 75 millions de dollars dans WLFI entre novembre 2024 et janvier 2025
- WLFI a gelé ses tokens, révoqué ses droits de vote et menacé de les brûler
- Une plainte a été déposée le 22 avril dans une cour fédérale californienne
Un investissement de 75 millions gélé
Justin Sun a investi 30 millions de dollars dans World Liberty Financial en novembre 2024, peu après le lancement du projet.
Il a annoncé une tranche supplémentaire de 45 millions de dollars en janvier 2025, portant son engagement total à 75 millions.
Sun était alors le plus grand investisseur individuel de WLFI, un projet présenté par la famille Trump comme une plateforme DeFi de référence et une vitrine de l’engagement pro-crypto de l’administration.
La relation s’est dégradée rapidement. World Liberty Financial a blacklisté un wallet Ethereum lié à Justin Sun après qu’il y ait transféré des tokens WLFI, puis a gelé l’ensemble de ses actifs dans le protocole.
Sun affirme que WLFI aurait intégré un accès privilégié dans les smart contracts du token, permettant à une entité de geler unilatéralement les actifs de n’importe quel détenteur sans son consentement ni justification publique.
Les raisons officielles avancées par WLFI pour justifier ce gel concernent des irrégularités KYC. Sun les conteste et y voit une forme de représailles après avoir refusé de continuer à investir ou d’émettre le stablecoin USD1 de WLFI selon les conditions imposées par l’équipe.
Selon Sun, c’est son refus d’être traité comme un « guichet automatique » qui a déclenché les mesures à son encontre.
Des wallets liés à WLFI auraient par ailleurs déposé environ 5 milliards de tokens WLFI sur le protocole Dolomite, emprunté 75 millions de dollars en USD1 et USDC, puis transféré plus de 40 millions de dollars vers Coinbase Prime.
Sun cite ces opérations comme révélatrices d’une utilisation du protocole contraire aux intérêts des détenteurs.
La proposition de gouvernance du 15 avril : l’escalade
L’élément déclencheur immédiat est une proposition de gouvernance soumise le 15 avril.
WLFI y proposait le verrouillage des tokens fondateurs et conseillers pour une durée de deux ans, suivi d’une libération progressive sur trois années supplémentaires, et le brûlage de 10% des tokens consultatifs.
Les détenteurs refusant ces nouvelles conditions seraient soumis à un verrouillage indéfini.
Justin Sun a qualifié cette proposition d' »arnaque de gouvernance absurde » et mis en cause la concentration du pouvoir de vote au sein du protocole.
Selon ses déclarations, 76% des tokens de vote sont concentrés dans dix portefeuilles, ce qui rendrait toute résistance organisée des autres détenteurs structurellement impossible face à une majorité déjà acquise à l’équipe fondatrice.
Sun a par ailleurs accusé WLFI d’avoir structuré son infrastructure autour d’un seul EOA (externally owned account) détenant les droits de guardian sur le multisig, donnant à une entité unique le pouvoir de geler unilatéralement n’importe quel holder. C’est cette architecture, selon lui, qui a permis le gel arbitraire de ses tokens en dehors de tout processus de vote.
La réponse de World Liberty Financial à l’ensemble de ces accusations a été tranchante.
Dans une déclaration publiée en avril, l’équipe a annoncé : « Nous avons les contrats. Nous avons les preuves. Nous avons la vérité. À bientôt en cour. » La plainte de Sun le 22 avril donne suite directement à cet échange.
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Les implications pour WLFI et les projets crypto politiquement adossés
La plainte fédérale expose World Liberty Financial à une procédure longue et publique. Les allégations portent sur le gel de tokens, la révocation de droits de vote, la menace de brûlage des actifs, et une dénonciation aux autorités américaines pour prétendus problèmes KYC que Sun conteste formellement.
L’enjeu juridique dépasse largement les 75 millions investis si les smart contracts comportant un accès privilégié non documenté venaient à être examinés dans le cadre de la procédure.
À court terme, l’affaire place WLFI dans une position délicate au moment précis où le Crypto Clarity Act avance au Sénat. Les législateurs et régulateurs cherchent à distinguer les acteurs institutionnels sérieux des montages opportunistes.
Un litige judiciaire public entre WLFI et son plus grand investisseur individuel ne facilite pas ce positionnement, d’autant que l’association directe avec la famille Trump rend chaque développement médiatiquement amplifié.
Pour les autres détenteurs de tokens WLFI, l’affaire soulève une question pratique immédiate : si les smart contracts permettent un gel unilatéral non soumis au vote de la gouvernance, quelle protection ont-ils concrètement sur leurs actifs ?
La réponse de WLFI à cette question influencera la confiance des marchés bien au-delà du seul conflit avec Sun.
À moyen terme, cet épisode s’inscrit dans un débat plus large sur les protections des investisseurs dans les projets DeFi à forte composante politique.
Les tribunaux américains pourraient établir un précédent sur la légitimité des mécanismes de gel intégrés dans les smart contracts, avec des implications directes pour l’ensemble des protocoles utilisant des architectures similaires à celle de WLFI.
Affaire à suivre sur Cryptonomic.


